Pénélope

 

[Antoine Bourdelle, Pénélope – 1906-1912]Pénélope

Reine d’Ithaque, fille d’Icarios,
j’ai toujours aimé ta pose langoureuse et émouvante.
Déhanchée, une jambe offerte au soleil et à la brise passagère,
le genou vernissé, galet rond poli par le ressac,
un bras enserre ta poitrine, comme on protège un secret,
et l’autre, gracieux et souple, semble figé à jamais dans une attente rêveuse ;
la peau veinée de blanc, poussière d’embruns enlevée par le vent à la crête des vagues.
Ton visage grave et tes cheveux noués sculptés sur fond de ciel azur.
Les yeux tournés vers l’horizon mais les paupières closes,
la tête penchée, posée sur le dos de la main,
tu attends.
Tu attends le retour de ton amour unique, ses voiles blanches à l’horizon brumeux.
Amante fidèle,
tu files le jour sur ton métier
ta grande toile toujours recommencée,
et te livres la nuit à tes fantasmes, au souvenir du désir, de la passion houleuse comme la mer. L’absence est toujours peuplée de souvenirs. Chaque nuit tu refais, sans jamais l’achever, le tissu de votre intimité.

Amante fidèle,
fidèle à l’amour, fidèle à toi-même, et toujours silencieuse.

Le plissé de ta longue robe laisse deviner les rondeurs de ton fils Télémaque.