Lacrimosa

Weiße Handschuhe haben den leichten Körper vom Bett in den Sarg gehoben. Im Halbschatten war es, als ob er schweben würde, das Gesicht bleich wie kaltes Wachs, der Anzug viel zu groß. Dann den schweren Sarg mit den verschnörkelten Griffen in den Leichenwagen, und alle Autos sind weggefahren, in einem langen Konvoi. Lang hat die Fahrt gedauert bis zum Krematorium, unter der strahlenden Novembersonne. Wir saßen wortlos, schauten die Landschaft an, die herbstlichen Weinberge, die Platanen die Straße entlang. Die Augen, ungeschminkt, aufgeschwollen und gerötet vom vielen Weinen während der Totenmesse und dann, auf dem Kirchenvorplatz, nach jedem Beileidswort gerade noch schluchzen können: « Danke, dass ihr gekommen seid… »

Die Anlage liegt abseits der Stadt, großzügig gestaltet, mit Riesenparkplatz, wie ein Autokino oder ein Vergnügungszentrum. Sie haben uns in einen Raum geführt, einer modernen Kapelle nachempfunden, der Sarg stand schon da, in ein feierliches Tuch gehüllt. Große Fenster mit blumigen Vorhängen. Fotos an der Wand: Sonnenuntergang, Wolkenhimmel, Mohnblumenwiese. Sie spielten das Requiem von Mozart. Ewiges Requiem, zu Supermarktmusik verkommen. Zuviel des Kitsches, zuviel des Lichtes. Lux aeterna. Niemand schaute sich an, die Minuten dauerten eine Ewigkeit, der Sarg stand da. Aus den hohen Fenstern konnte man den Himmel sehen, so blau. Zwischen den zwei Glasscheiben flimmerte die heiße Luft und zeichnete dabei Muster wie die Oberfläche eines Teiches beim Steineklatschen. Sammlung, Andacht, Gedenken, Gebete. Nichts von all dem. Es wurde geweint, geschluchzt. Es gab keine Schreie mehr. Nur noch dieses laute Schluchzen. Das Taschentuch durchnässt. Dann haben sie den Sarg geholt und den Bildschirm eingeschaltet. Man sah, wie zwei glänzende Stahltüren sich öffneten und wie der Sarg, man konnte ihn an den pompösen Griffen genau erkennen, in tanzende Flammen hineingeschoben wurde. Theatralische Gewalt. Es wurde heiß, sie spielten noch immer das Requiem, der Sarg stand nicht mehr da. Und dann hatte der Bildschirm einen Aussetzer, oder es war das Ende? Da sah man nur noch weißes Flimmern auf schwarzem Hintergrund. Entsetzen, Furcht, Gewissheit, dass es endgültig vorbei war. Alles wieder zu Staub. Requiescat in pace. Einer der Männer mit weißen Handschuhen kam herein, schaltete den Fernseher aus und bat uns hinauszugehen. Die Gäste zerstreuten sich zwischen den Blumenparterres, auf dem Parkplatz, in den Friedhofsalleen. Meiner Großmutter wurde eine wuchtige Urne in die Arme gedrückt, die sie kaum tragen konnte. Sie schrie noch einmal seinen Namen. Und fuhr die ganze Strecke zurück, mit der Urne am Schoß. Alles ist von Staub gemacht.

Des mains gantées de blanc ont soulevé du lit son corps léger. Dans la pénombre, on aurait dit qu’il flottait. Le visage blême comme de la cire refroidie, le costume bien trop grand. Puis ils ont porté le lourd cercueil aux poignées ornées de fioritures dans le corbillard, et toutes les voitures sont parties dans un long convoi vers le crématorium. Trajet interminable sous le soleil de novembre. Personne ne parlait. On regardait le paysage, les vignes d’automne et les allées de platanes qui bordent la route. Les yeux, sans maquillage, gonflés et rougis d’avoir tant pleuré pendant la messe, et après, sur le parvis de l’église, les efforts pour étouffer un sanglot et dire, après chaque mot de condoléances : « Merci d’être venus… »

L’établissement est à l’écart de la ville, vaste et spacieux, avec d’immenses parkings, comme un cinéma drive-in ou un parc d’attractions. On nous a emmenés dans une salle pompeuse, décorée comme une chapelle moderne. Le cercueil s’y trouvait déjà, drapé d’un tissu solennel. De grandes fenêtres avec des rideaux à fleurs. Aux murs des photos: soleil couchant, ciel de nuages, champ de pavots. Ils jouaient le Requiem de Mozart. Sempiternel Requiem, déchu au rang de musique de supermarché. Trop de kitsch, trop de lumière. Lux aeterna. Personne ne se regardait, les minutes duraient une éternité. Et devant, le cercueil. Par les fenêtres hautes on pouvait voir le ciel, si bleu. Dans l’épaisseur du double vitrage, l’air chaud vibrait, faisant des motifs comme à la surface d’un étang quand on fait des ricochets. Recueillement, prières, minutes de silence. Rien de tout cela. Plus de cris non plus. Mais des pleurs et des sanglots. Simplement ces sanglots sonores. Le mouchoir détrempé. Puis, ils sont venus chercher le cercueil et ont allumé une télévision. Sur l’écran, on a vu s’ouvrir deux portes d’acier rutilantes et le cercueil, que l’on reconnaissait à ses poignées imposantes, disparaître dans les flammes. Violence théâtrale. Il faisait chaud, ils jouaient encore le Requiem, mais le cercueil n’était plus là. C’est alors que l’écran a eu un raté, ou bien était-ce la fin ? On ne voyait plus que de la neige sur le fond noir de l’écran. Effroi et certitude que tout était fini. Redevenu poussière. Requiescat in pace. Un des hommes gantés de blanc est entré, à pas lents, a éteint la télé et nous a priés de sortir. Les invités se sont dispersés dans les parterres de fleurs, sur le parking, dans les allées du cimetière. On a remis à ma grand-mère une urne qu’elle pouvait à peine porter. Une dernière fois elle a crié son nom. Et tout le chemin du retour, elle a serré contre elle ce qu’il restait de lui. Tout n’est que poussière.