En attendant la vague

Poèmes de Sarita Jenamani traduits de l’anglais, extraits de « Till the Next Wave Comes » (Dhauli Books, Odisha, 2018) *

Éphéméride

Les soirs
assis au bord de la rivière
Le temps charrié
par les torrents de l’eau
Tant de lettres
englouties
par les vagues vibrantes
Et toujours nous coulons
tout comme la rivière
coule d’ici à là
telle la chute d’eau
cascadant des montagnes
Chaque scène saisie par des yeux éveillés – un rêve
Rêve échappé du poing
Les feuilles de l’éphéméride
tombent jour après jour
mois après mois
et d’année en année
Une année
un symbole
chants d’instants doux-amers
Quand parfois un visage
au-delà du miroir
se fait autres visages
Et la mort se propage
dans l’étendue du ciel
scintillant comme lune laiteuse
mêlant son éclat d’argent
au flot des eaux courantes

1947

Ils s’en vont
Et quelques maisons de plus
s’enfoncent dans la pénombre
La rue rétrécit plus encore
La nuit étreint
les pâleurs morbides
De la Tour du Silence
descendent des symboles de peur
en quête de pitance
Ceux qui sont restés là
sont encore plongés
dans le profond sommeil de leur
indifférence
Et ils ne se réveillent
que pour passer de rêve
en rêve
et murmurer
des questions sans réponse
Ils s’en vont
Et la vie rétrécit
plus encore

Au-delà

Le silence déploie ses ailes
tel le désert
sous un ciel d’aurore
Les pyramides inertes scintillent
entre l’or et l’azur
Il y a toujours plus à dire
au-delà de la civilisation

Pendant L’Amour

Une gerbe de joie
jaillit du spasme vaporeux
Ta chaleur tangible
m’enflamme comme braise
une danse extatique
de langue de feu me dévore

Les choses manifestes encore sont
obscures
le temps se brise, la vie se dissémine

Le désir devant toi t’accorde d’explorer
sa foule de corps qui résonnent
entre les pauses d’une sonate

Seuils

Je frappe à la porte
et elle s’ouvre
mais avant même de m’engager
la porte s’engage en moi
et continue d’y ouvrir
des portes infinies

Et je ne saurais dire
si je traverse les seuils
ou si eux me traversent
l’un après l’autre

Confondue, je cherche un toit,
mais avant d’en trouver un
la terre sous mes pieds
se dérobe

Images brisées

La chronique
de ta vie
n’est autre
qu’un patchwork
de choses oubliées
que tu tentes d’apiécer
d’une aiguille
depuis longtemps perdue

Sans Titre I

Je suis une goutte de pluie
qui s’évapore
en un quart de seconde
pour retomber
vers toi
encore et encore

Langue Maternelle

Rivière mystique
elle coule
au fond de mes artères
Voix de ma mère
voix liminaire
berce mon moi naissant
Alors que je m’écoule
en protégeant
ses pans fragiles
dans l’océan de lumière

Langue Étrangère

La nouvelle langue te somme
d’énumérer tes noms
et dans le même temps t’ordonne
de ravaler tes voix
Tes noms qui s’obstinent
à être appelés
épelés
rayés et
traduits
pour être ensuite
oubliés
à jamais

Poème

Un poème n’est pas
un feu d’artifice radieux
Mais unique étoile filante
arrachée
au front
du firmament

* Traduits et publiés avec l’autorisation de l’auteure

 

Khalid Bounouar

Adaptation française d’un texte de Khalid Bounouar / Übertragung ins Französische eines Poetry-Slam-Textes von Khalid Bounouar für Borderlines – Euregion Poetry Slam, 2020

C’est un pays où il fait froid,
il y a tous les jours du brouillard,
le soleil y est plutôt rare.
Viens avec moi, allez, suis-moi !
Hein, tu dis quoi ?
Que tu trouves marcher ringard ?
Pour toi, la rando, c’est le bagne ?
Pour moi, la marche, c’est cocagne,
entre Belgique et Allemagne,
sur le plateau des Hautes Fagnes :
Eupen, Malmédy et Montjoie,
entre les trois.
Vois,
là-bas, suis mon doigt,
le reflet des étoiles sur terre,
sept cents mètres au-dessus de la mer.
Je me sens libre quand je traîne
et flâne près de Baraque Michel :
trop cool, l’endroit, pour faire la fête,
on pleure, on rit, et puis on s’aime.

Attendez, je reprends mon souffle,
puis je vous montre un truc de ouf :
en pataugeant dans la tourbière,
vous me prêterez votre oreille,
pour ouïr ce récit sans pareille.

On peut y aller, la troupe est prête ?
Voyez là-bas les croix muettes ?
Chacune raconte une historiette,
pour ne pas qu’on oublie les histoires d’avant, d’il y a cent cinquante ans.
C’était en l’an de grâce mille huit cent…
des poussières,
par une nuit de froid et un janvier glaciaire.
C’est l’histoire de Marie et son fiancé Pierre
– de tout le pays de Fagnes on la dit la plus belle –
partis quérir les papiers nécessaires
à leur mariage, mais les heures passèrent,
et tout transis de froid en glace se transformèrent,
ensevelis sous un épais tapis de neige.
Et ce n’est qu’au printemps
que quelques paysans
trouvèrent les amants.
C’est depuis qu’est plantée,
à Baraque Michel,
la Croix des Fiancés.
Toi qui passes par-là,
flâneur, arrête-toi
au pied de cette croix,
où le vent souffle par rafales,
sur le plateau des Hautes Fagnes.

Des montagnes de neige forment le paysage,
qui semble remonter au plus lointain des âges.
Autour, des marécages,
où les sables mouvants me rendent indolent.
Lors, vers la forêt je m’élance,
par les caillebottis de bois.
C’est peu dire qu’il fait froid.
Le climat est bien rude, mais quelle belle vue !
Quel beau cadeau que ce pays perdu
de monts et de vallons
pour tous les gens du cru
qui s’appellent les Wallons.

Que ce panorama
te soit comme un mantra.
Ah, que je n’oublie pas
de vous montrer le toit
de la Belgique, venez avec moi.
Et pas besoin de masque à gaz
ou oxygène, ni FFP2/3, pour la butte de Baltia.
Car la mer n’est qu’à sept cents mètres en-dessous de l’endroit.

Une petite halte serait bien raisonnable.
Et ouvre bien tes yeux et ferme ton portable.

Verwundete Amazone – ein Lockdown-Gedicht

(Über die Amazone vom Ephesos Museum, Wien)

Verwundete Amazone, 2. Hälfte 4. Jh. v. Chr., Marmor, Ephesos Museum, KHM Wien

Nackt. Sie ist nackt. Ihr Körper kaum verhüllt in einem weißen Tuch. Sie schläft. Trunken von Stille und Glut. Für immer versteinert ihr edles, fahles Profil, ihr verträumter Blick hinter den Augenlidern, der ernste Ausdruck ihres Gesichts, ihr bitterer Mund, so fein ziseliert in den Samt ihres Fleisches. Ein Schatten gleitet über ihre Wange, die Stirn bewohnt von unnahbaren Träumen, taub gegen alle Geräusche der Straße, die Hufe der Pferde und deine Schritte auf dem knarrenden Parkett. Anmutig wie ein schlafendes Kind.
Der Arm grazil gewölbt, wie ein saftiger Halm, die Finger sanft geschmiegt in die rieselnden Wogen ihres glänzenden Haars.
Du darfst sie bloß nicht nennen, ihren Namen nicht flüstern. Träumende aus Marmor, rätselhafte Hygie, ungreifbare Kore, dem Strom des Vergessens verfallen. Vage Erinnerung an eine ferne Reise, an eine frühe Liebe.
Sie schläft. Sie ist nackt. Ihr Körper scheint sich fast nach Sinneslust zu sehnen. Welch fleischliche Begierde, welch ungeahnten Rausch findet sie in der Lethe? Schlägt ein steinernes Herz in dem verletzten Busen?
Die Wintersonne wirft ihre wärmenden Strahlen, ein aufsteigender Staub schwebt in der warmen Luft, und ihre weiße Haut glitzert wie kristallines Glas.

Du bist allein mit ihr. Wie leicht wäre es dir, dich ihrer scheuen Sanftmut hinzugeben, eine zitternde Hand nach ihrer glatten Haut zu reichen, und langsam nachzuzeichnen, ihr diaphanes Profil, die Kontur ihrer Wange, die Kurve ihrer Hüfte, die Brüste Alabaster, und ihre Haut zu wärmen. Flüchtig ein Kuss in ihren kühlen Nacken; da ihren Hauch verspüren. Oder schwungvoll das Tuch in tausend Splitter reißen.

Und doch, du wirst es nicht tun, die verbotene Geste, die verdrießliche Geste, die verlorene Geste. Du bleibst nur da, verträumt, du stehst nur da, versteinert, die Pose prägt sich langsam und tief in dein Gedächtnis.

Noch lange wirst du spüren die Glut in deinen Fingerkuppen, die feurige Wärme, die blendende Leuchtkraft dieses ermatteten Frauenkörpers. Für immer wirst du bewahren das klare Bild dieser unaussprechlichen Schönheit. Und sie wird dich begleiten, immer während, immerfort, immerzu. Verehrtes Götzenbild, angebetete Muse, ihr Name unsagbar. Wie dein nacktes Begehren.

Leila – deutsche Version et adaptation française

Tu t’appelles Leïla,
dein Name ist Leïla, es bedeutet „die Nacht“,
wie in Kitāb ‘Alf Laylah wa-Laylah,
das Buch von Tausend und einer Nacht.

Du kommst aus dem Congo, dem Burundi, aus Senegal,
aber hier ist es ihnen egal,
Sierra Leone, Ruanda oder Eritrea
für sie ist es alles einfach Afrika.

Sie sagen schukran und Inch’allah,
seit dem All Inclusive auf Djerba,
teşekürler, Maschalla,
weil sie schon in Istanbul waren.

Sie sagen, ihr seid Tausende, Millionen,
aber du bist alleine gekommen.

Sie sagen, du bist schwarz,
wenn für dich deine Haut zimtfarbig ist,
bronzen, café-au-lait,
ambrafarben oder seidenmoiré.

Sie nennen dich Migrantin, Flüchtling, Asylantin, aber dein Name ist Leïla.
Es bedeutet „die Nacht“.

In diesem Windwinterland musst du bei Tag Acht geben,
dass die Dämonen deiner Jugend nicht ständig vor deinen Augen schweben.
Wenn der Wind in Stößen durch die Gassen Wiens fegt,
und frostige Schneeflocken an deinen Wimpern kleben,
pocht auch dein Blut mit eiserner Kälte,

und du erinnerst dich an
den Drill im Lager von Sawa,
die Mädchen vergewaltigt,
Sklavinnen der Offiziere,
oder gewaltsam entführt in die Wüste Sinai;
für immer geschnitten die Blume, die sie zu Frauen macht…

und du erinnerst dich an
die islamische Miliz
Todesstrafe auf das Tanzen,
das Singen und das Lachen.

Und du erinnerst dich an die Mörder,
überall auf der Lauer,
an die Buschmesser,
an
die Wörter,
die Sätze,
die Sprache,
die Hände abgehackt,
du siehst das Blut im Sand, in der fruchtbaren Erde,
die Dörfer dezimiert,
Kinder in Massengräber…

Drum bist du weggegangen in einer Silbernacht,
von deiner Mutter ein letzter Kuss, bittersüß, amer
und ihre Tränen fielen sanft ins Meer…

Ja, du bist abgereist
vom Hafen von Massawa, Dakar
Tunis oder noch Calabar,
das Kreuz des Südens hinter dir gelassen,
vor dir das Wasser ohne Ende und die blasse
Milch des Mondes im Kiel einer Piroge…

Aber in der Wärme der Nacht, Leïla, selbst mit offenen Augen,
denkst du zurück an die Lichter der Stadt,
die Kolibris, diese „Blumen der Luft“,
an den Geruch von Pfeffer und Gewürzen, der nach dem Regen von der Erde aufsteigt;

nachts hörst du ein fernes Muschelhorn,
ein Balafon, eine Kora,
wie von dem Passatwind, dem Harmattan, verweht.

Ja, wenn die Nacht kommt,
da denkst du an die Kindheit
Seilspringen, Tempelhüpfen
unter dem Mangobaum
eins zwei drei
Hand in Hand
Ihr seid ans Meer gefahren, an die Ufer des Gambias, die Strände der Casamance,
des Sees Tanganjika.

Nachts denkst du an deine Mutter,
an ihre Hand aus Licht, die dich in den Schlaf wiegte,
et ses mains d’alizés qui guérissent des fièvres…

Du denkst an ihre Stimme, als sie von Königinnen sprach,
Zenobie aus Palmyre,
Al Hora, Elissar,
oder noch Makeda, der Königin von Saba.

Und deine Mutter sprach die Wörter von Senghor:
Ma gloire… est de chanter la mousse et l’élyme des sables…

Und deine Mutter sang:
Ihorere Leïla
Ihorere Leïla
Amarira warize arahagije

Ja, in der Wärme der Nacht denkst du an deine Mutter und ihre Hand aus Licht, die dich in den Schlaf wiegte.

Sie nennen dich Migrantin, Flüchtling, Asylantin,
aber dein Name ist Leïla,
es bedeutet « die Nacht ».


Tu t’appelles Leïla,
ça veut dire « la nuit »,
comme dans Kitāb ’Alf Laylah wa-Laylah,
le Livre des mille et une nuits.

Tu viens du Burundi, d’Érythrée ou du Sénégal,
mais eux, ça leur est franchement égal.
Rwanda, Congo ou même Mozambique,
pour eux, c’est juste vu de loin : l’Afrique.

Ils disent schukran et Inch’allah,
depuis des vacances à Djerba,
teşekürler et Mashalla
depuis les plages d’Antalya.

Ils parlent de milliers, de millions d’hommes jeunes.
Pourtant toi, tu es bien venue seule.

Ils disent que tu es noire,
quand ta peau est de moire,
qu’elle est cannelle, café-au-lait,
bronze, dorée ou bien ambrée.

Ils te nomment migrante
ou demandeur d’asile,
mais ton nom est Leïla,
ça veut dire « la nuit ».

Dans ce pays aux mille collines de neige,
Autriche, Suisse ou peut-être Norvège,
tu dois faire face aux sortilèges
des tristes spectres de ta jeunesse.

Car quand le vent d’hiver s’engouffre
dans les ruelles de la ville,
que des larmes de givre sourdent
à tes paupières, entre tes cils,
ton cœur, ton sang aussi
tressaillent de cauchemars.
Et les histoires de là-bas
alors transpercent ta mémoire :

le drill dans le camp de Sawa,
les fillettes violées,
esclaves des officiers,
ou de force enlevées au fin fond du Sinaï ;
et d’un geste sec, d’une entaille,
coupée la fleur qui aurait dû les faire femmes.

Tu revois la milice
islamiste, ces hordes djihadistes
qui peu à peu bannissent,
sous peine de supplices,
la musique et les chants et la danse
et les rires.

Tu repenses aux massacres,
aux tueurs qui attaquent,
leurs machettes, leurs kalachs,
leurs paroles hachées,
leurs gestes saccadés.
Tu vois la terre trempée
de sang, et le sable inondé
des pieds et mains coupés,
villages décimés,
enfants dans les charniers.

Alors tu as pris le large, par une nuit d’argent,
abandonnant ta mère à son sourire amer,
à ses larmes tombant doucement dans la mer.

Oui, tu t’es embarquée dans le port de Dakar,
Lomé, Tunis, Tema ou peut-être Pointe-Noire,
Tobrouk ou Massawa, Tanger ou Calabar,
Laissant derrière toi le Centaure et la Croix
du Sud pour d’autres latitudes,
devant toi l’eau sans fin et le lait de la lune
en miroir sur la mer.

Mais dans la chaleur de la nuit, Leïla,
même les yeux ouverts,
tu repenses aux lumières
de la ville, aux colibris et aux martins-pêcheurs,
fleurs aériennes, et aux chaudes senteurs
de poivre, combava et de baie cannelière
qui après chaque pluie s’épanchent de la terre.

La nuit, tu entends un tam-tam lent,
un balafon, une kôra,
portés par l’harmattan et ses sables bruissants.

Oui, quand la nuit descend,
tu penses à ton enfance :
vous jouez à épervier , à 1, 2, 3, soleil,
sous le manguier marelle,
de la terre jusqu’au ciel.
Vous alliez en vacances,
plages de Serrukunda,
du fleuve Casamance,
du lac Tanganyika.

Dans les yeux de la nuit, tu repenses à ta mère
et ses mains d’alizés qui guérissent des fièvres…

Et tu entends sa voix te raconter les reines,
Zénobie de Palmyre,
Al Hora, Elissar,
et aussi Makeda, la reine de Saba.

Ta mère murmurait les psaumes de Senghor :
Ma gloire… est de chanter la mousse et l’élyme des sables

Et ta mère chantait :
Ihorere Leïla
Ihorere Leïla
Amarira warize arahagije
Ihorere Leïla

Dans la lumière de la nuit,
tu repenses à ta mère et ses Mains de Lumière
qui berçaient ton sommeil.

Ils te nomment migrante
ou demandeur d’asile,
mais ton nom est Leïla,
ça veut dire « la nuit ».

 

Man nehme …

Familienrezept nach alter Art
(im adhortativen Konjunktiv!)

Man nehme einen Vater, der Kraft,
Strenge und Autorität verkörpert,
und ein Muster an Zärtlichkeit, Vorsicht
und Weisheit als Mutter.

Man bette die Zutaten auf Liebe,
bestreue mit einer Prise Leidenschaft und einer Messerspitze Lüsternheit,
füge ein paar Tropfen in Zitronensäure aufgelöste Unschuld, Treuherzigkeit, Naivität und Vertrauen und lasse ziehen.
Man gieße die Mischung in ein luftdichtes Gefäß und lasse sie jahrelang ruhen.

Schöpfe man in regelmäßigen Abständen Groll- und Frustschaum ab,
so bildet sich normalerweise an der Oberfläche eine Schicht Dankbarkeit und Pflichtgefühl.

Nach abgeschlossenem Gärungsprozess menge man je nach Geschmack einen Hauch von Religiosität oder Scheinharmonie bei,
oder versetze nach Belieben mit Fetischen:

das Foto des Großvaters in Wehrmachtsuniform,
die getragene Unterwäsche eines Popstars,
ein Hirschgeweih oder ein Zahn des Buddhas …
Die Zugabe von Streitigkeiten, Nörgeleien, Seufzern, Tränen, Geheimnissen und Tabus bewirkt eine leicht bittere Note.

Man püriere die Mischung, passiere sie durch ein grobes Leinentuch und legiere sie mit Bittersäure.

Dann bringe man die Mischung auf schwacher Flamme zum Köcheln,
wahlweise könne man
Bohnerwachs, Staub oder Schmieröl ins Feuer gießen.

Schließlich flambiere man die Mixtur
mit Stroh Rum, Cognac oder Armagnac,
fülle sie in Flaschen und bringe sie in den Keller.
Danach trinke man den Rest der Flasche Cognac aus und gehe mit Freunden aus.

 

Das Es: ein Covid-Gedicht

Du kannst nicht atmen wegen der Covid-Maske?
Du kannst nicht schlafen wegen durchzechter Nacht?

Es ist nicht der Mundschutz, der mir den Atem raubt,
es ist nicht das Durchfeiern, das meine Nächte klaut.

Es ist ein Es, es ist ein Das,
es ist ein Wort ohne Geschlecht.
Es ist das Böse, es ist das Schlechte:

Es ist das Covid-Virus in den Verteilerzentren,
das viele Ungeziefer in den Matratzenlagern,
das schimmlige Quartier der Spargel—ernte–helfer.
Es ist das „neue Arbeitsverhältnis“, flexibel sprich — prekär,
das Kündigungspapier oder das Hamsterrad,
Einbahnweg zum Burn-Out oder zum Herzinfarkt.

Es ist das viele Fett in unsrem Billigessen,
bis zum Leberkollaps, zum Platzen der Aorta,
das Nitrat im Salat und in meinem Trinkwasser.

Es ist das AID-Syndrom
und das Tier namens Krebs.
Es ist das Essverhalten, gestört,
Mager- und Ess-Brech-Sucht,
das Es, das Unbewusste,
das Biest im Mädchenkörper, das flüstert:
„Du bist nie dünn, nie gut, nie cool genug“.
Es ist das Ungeheuer, unsagbares Tabu,
das nachts das Kind heimsucht,
Vater, Onkel, Nachbar,
und manchmal auch Bruder.

Es ist das Plastik und das Zellophan
In allen Meeren, allen Ozeanen.
Es ist das Bienensterben und das Eis—schollen–schmelzen,
das kahl gerodete Amazonasbecken.
Das Erdfeuer, das Ernte und Steppe entflammt,
das auslaufende Öl im Golf von Mexico,
Galicien, Mauritius,
das Giftgas von Bhopal,
das Napalm in Vietnam.

Es ist das Österreich der 1930er Jahre,
das radikal(e) und das banale Böse.
Es ist das Hakenkreuz an der Wand einer Schule,
Das Schild am Parkeingang „für Hunde und für Juden verboten“,
und das Glas Veronal, das Ende Stefan Zweigs.
Und auch das Gestapo-Verhör, das Verdikt Todesstrafe
mit Endstation KZ, Schafott und Scheiterhaufen.
das Inquisitionstribunal und das Hexenverbrennen,
das trojanische Pferd und das Kleid der Medea.

Das Massaker an Tutsi, Armeniern und Rohingya,
Das Massengrab von Liescha oder von Srebrenica.

Es ist das A und O der Bandenkriege und der Familienfehden
Das O von Romeo und das A von Julia
Es ist das A von Angst, das O von Omerta
Camorra, Cosa Nostra
und japanische Mafia.
Das 22er Kaliber der Pariser Vorstadt,
das Gesicht Malalas und das Urteil „Fatwa“
gegen Salman, Sara und gegen Taslima. *

Es ist das negative Ergebnis eines Asylverfahrens,
das nie eingelöste Versprechen eines sehr reichen Landes
das sich zukunftsreich nennt.
Es ist das Mittelmeer, das Hoffnungen ertränkt,
das Flüchtlingslager Moria, gelöscht, in Schutt und Asche.

Und du, du kannst nicht atmen wegen der Covidmaske?

 

* Die SchriftstellerInnen Salman Rushdie, Sara Santanda und Taslima Nasrin.

Ein Grab in den Lüften / Une tombe dans les airs

Du warst siebzehn, Adele, und du liebtest das Leben und die Literatur.
1925: das Jahr deiner Geburt
– von dem Grazer Rabbiner gibt es eine Urkunde.

Einige Jahre später, deine Eltern und du,
ihr müsst nach Frankreich fliehen.
Zuerst war es Marseille,
du hast das Meer gesehen.
Dann, du allein, Montmorency
Maison d’enfants, Rue de Valmy.

Schließlich ein kleines Dorf am Ufer der Garonne, wo sich der Fluss durch kleine Inseln aus weißen Kieselsteinen schlängelt, so still und glatt, bis zum weiten, endlosen Ozean.
Die Landschaft meiner 17 Jahre.
Und da, wie deine Eltern, Gisele und Bruno,
gestempelte Papiere vom Oberkommando,
vom Bureau militaire und von der Gestapo,
Passierschein mit Vermerk Pour aller seulement.
Hausarrest ausschließlich Commune de Montauban.

Dort gehst du ins Lycée Michelet.
Am Frontispiz steht Liberté,
Égalité, Fraternité,
aber auf den Boulevards,
selbst ohne gelben Stern,
gehässiges Herziehen,
nicht gesagt, nur gewispelt:
« Sale juive », « youpine »,
dans la bouche des gens;
contre ces mots blessants
contre ces mots passants,
tu apprends Baudelaire et Guy de Maupassant.

Im Sommer saßt du am liebsten in der Getreidehalle aus roten Ziegelsteinen,
im Schatten der Arkaden.
Von da haben sie dich geholt,
Auvillar heißt der Ort,
1942 war es,
Umsiedlung, Abtransport.
Keine Zeit für Abschied,
keine für ein Kaddisch.

Sie sind gekommen, Adele,
weil du dunkel bist und deine Augen Tauben sind,
und weil du Kurzweil heißt.

Dann gab’s das Lager von Septfonds, und jenes von Drancy,
danach Transportzug Nr. 30.

Es wurde Nacht und es wurde Tag.
Zurück gen Osten, der deutsche Himmel so blau.
Leise knirschte das Holz,
im Wind pfiffen die Fenster.
Hast du von Meeresrauschen und Sternschnuppen geträumt?

Es wurde Nacht und es wurde Tag.
Und in dem Morgengrauen, Raureif auf deinen Wimpern, blieb plötzlich der Zug stehen.
Sie haben dich geschlagen, sie haben dich verwundet,
und zerrissen dein Kleid,
geschoren deine Locken,
voller Tropfen der Nacht.
Und du, wie die Lilie unter den Disteln,
eine letzte Träne,
ein letzter Schmerz,
ein letzter Schrei.

Dann hat dein nackter Körper mit den Flammen getanzt,
die Lippen karmesin,
deine Haare versengt,
und deine Haut umwölkt von Myrrhe und Weihrauch,
in der schimmernden Glut,
brennend wie ein erster Kuss.
Es wurde Tag,
und eine Wolke zog.

Ein letztes Mal nenne ich deinen Namen, Adele:
Adele Kurzweil,
17 Jahre,
in Graz geboren,
in Auschwitz gestorben.

__________________________________

Tu avais 17 ans, Adèle, et tu aimais la vie et la littérature.
Du jour de ta naissance, il ne reste qu’un acte
de 1925, du rabbinat de Graz.
Quelques années plus tard, pour échapper aux rafles,
Aux massacres, aux razzias,
C’est déracinement, et cap vers l’occident.

D’abord, il y eut Marseille, où tu avais vu la mer.
Ensuite, c’est une Maison d’enfants,
toujours sans tes parents,
au 7 rue de Valmy, ville de Montmorency.

Puis le sud de la France, au bord de la Garonne,
là où le fleuve fait un coude vers l’Océan
là où se sont formés des îles de galets blancs.
Le paysage de mes 17 ans.

Mais comme tes parents, Gisèle et Bruno,
des papiers tamponnés de l’Oberkommando,
du bureau militaire et de la Gestapo ;
tu es fichée « migrants », « dossier israélite »,
« laissez-passer », « errants »,
« papier d’éloignement »,
« sauf-conduit provisoire »,
mais « aller seulement ».
À Montauban, tu vas au Lycée Michelet.
Au frontispice est écrit Liberté,
Égalité, et puis Fraternité.
Oui, mais sur les trottoirs,
tu entends leurs brocards :
« Sale juive », « youpine »
dans la bouche des gens,
contre ces mots blessants,
contre ces mots passants,
tu apprends Baudelaire et Guy de Maupassant.

Plus tard, à Auvillar,
tu aimes bien t’asseoir
à l’ombre des arcades
de la vieille halle ronde.
C’est là qu’ils sont venus
te prendre, à la fin de l’été
1942, c’était jour de marché.
Ils sont venus, Adèle, parce que tu es brune et que tes yeux, oh, des colombes, et parce que tu t’appelles Kurzweil, Adèle.

Après, c’est le camp de Septfonds puis celui de Drancy.
Et un jour de septembre, le convoi Nummer Dreißig.

Il y eut un soir, puis un matin.
Retour vers l’est, le ciel allemand si grand.
Le bois craquait, les fenêtres sifflaient au vent.
Lueur des gares, des rails le grincement.
As-tu rêvé du ressac de la mer et d’étoiles filantes ?

Il y eut un soir, puis un matin…
Et dans le souffle de l’aurore, du givre sur tes cils, un jour d’automne, le train s’est arrêté.
Ils t’ont frappée, ils t’ont blessée, ont déchiré ta robe, rasé tes boucles, gouttes de nuit, abandonné aux ombres ton visage si tendre.
Et toi, lys parmi les chardons,
une ultime larme,
une ultime douleur,
un ultime cri.

Après…
après c’est ton corps dans les flammes,
tes lèvres écarlates,
tes cheveux, de la pourpre,
la peau ardente de myrrhe et d’encens.

Il y eut un soir, puis un nuage.

Une dernière fois, je dis ton nom, Adèle :
Adèle Kurzweil,
née à Graz, morte à Auschwitz,
17 ans.

Das Istanbul-Syndrom

(erschienen in Schreibkraft, Das Feuilletonmagazin, Heft 35: « Bitte wenden », Juni 2020, S. 86-87.)

Es war nicht in Florenz, es war nicht in Paris, es war nicht in Jerusalem. Es war auch nicht während eines dieser hektischen Städtetrips: „Entdecken Sie in drei Tagen den Zauber des Orients und die größten Shoppingmalls Europas“. Nein. Ich wohnte in Istanbul seit nun acht Monaten, war bereits ohne Reiseführer und Stadtplan unterwegs. Ich schlenderte durch die Stadt, die Hände in den Taschen, und machte keine Fotos mehr.

Ich war schon öfters in Paris, in Marokko und sogar in Indien gewesen. Ich hatte die schwindelerregende Kuppel des Taj Mahals und den Palast der Winde gesehen, kannte schon das tosende Rauschen und die Morbidität der Straßen Old Delhis und des Platzes Djemaa el Fna, die mystische Stimmung der Pilgerstadt Pushkar und die Leichenverbrennungen an den Ghats von Banganga.

Ich bekam keine krankhaften Angstzustände oder religiösen Halluzinationen; keine „himmlischen Empfindungen“, keine spirituelle „Ekstase“, wie Stendhal sie in Florenz erlebte. Es war auch keine bewusste Abdrift der Gefühle, wie Pierre Loti sie in Aziyadehs Stambul inszenierte. Nichts von all dem.
Es war nichts als ein Schwindel. Und es klopfte mir das Herz. Es kam über Nacht, heimtückisch und ausweglos.
Der Abend davor: ein lauer April. Ich war dem Wiener Winter entlaufen. Gerade angekommen. War mit Freunden zu einem Konzert verabredet. Schülerband. Davor ein Bier in der Artischocke, am Fuße des Galataturms. Der Festsaal der Schule: überhitzt. Zwei, drei jazzige Nummern, die warme Stimme einer lasziven Lehrerin, die Begeisterungsrufe der Zuschauer, und dann kam dieser schwarz gekleidete Maturant mit Sonnenbrille. Wieder Begeisterungsrufe der Zuschauer. Der pochende Rhythmus der Bassgitarre, die ersten Riffs, und dann die Stimme, dunkel und düster:

People are strange
when you’re a stranger
Faces look ugly
when you’re alone

Es war ein plötzlicher Blackout. Hohes Pfeifen einer Mikrofonrückkopplung in meinen Ohren, der tiefe Bass pulsierend in meinen Schläfen, die Schrillheit der Gitarre schnürte mir die Kehle zu, die Zunge klebte am Gaumen, der Atem wie beraubt, flaues Gefühl im Magen, das Herz beklommen, der Nacken steif und schmerzend …

When you’re strange
no one remembers your name

Alles geriet ins Wanken. Schwindel, Herzrasen, Ohrenpfeifen, andauernd und quälend, eine nicht enden wollende Malaise, Übelkeit, Überreizung. Wochenlang, monatelang.

Streets are uneven
when you’re down
When you’re strange
faces come out of the rain

Ich hatte den Nullpunkt meiner Kräfte erreicht, ja überschritten, hatte die Balance verloren und „fürchtete umzufallen ». Und alles war mir fremd. Das Summen der Frachter, die Schreie der Möwen, das Hupen der Autos, die Pfiffe der Polizisten, das Quietschen der Straßenbahn, kein Geräusch, das mich früher kaum gestört, ja das mir vielleicht gefallen hätte, war mir noch erträglich. Nicht einmal die Sirenen der Dampfschiffe am Bosporus. Nicht einmal das Rufen der Muezzins.
Lärmtrunken.
Am Festland: ein Schaukeln wie auf hoher See, ich stieß überall an, stolperte über Gehsteige und Pflastersteine, mein Spiegelbild in den Schaufenstern entzweite sich und verschwamm; mein Gesicht verfremdet. Nullpunktverschiebung. Sinnestäuschung. Fragmentierte Schriften: die Buchstaben gespalten, die Striche gebrochen, die Vertikale aufgehoben. Ich hatte keine Bodenhaftung mehr, wie der junge tanzende Derwisch, der beim Kreisen um sich selbst die Verbindung zur Erde verliert, ehe seine rechte Hand im Himmel Halt findet, und dabei aus der Körperachse geworfen wird.
Schwindel also. Und ständig dieses Klopfen in der Brust, das Rasen im Kopf, das Hämmern in den Schläfen, das Pfeifen in den Ohren.

When you’re strange

Schwanken, Klopfen, Schwirren, Pfeifen.

when you’re down

Taumeln, Pochen, Schrillen, Rasseln.

Welche schmerzhafte Erinnerung, welche vergrabene Angst versuchte da an die Oberfläche meines Bewusstseins zu drängen? Um mich zu quälen oder mich zu erlösen? Istanbul, Stadt des Taumelns, Stadt des Schwindelns. Zwei weitere Jahre schwindelte ich durch die Stadt, durch das Leben, ohne die Antwort zu finden.

Jeux interdits

feuilles

Mir wurde diese Geschichte erzählt. Es soll im April des Jahres 1944 gewesen sein. Die Szene spielt sich in Castelsarrasin, in der Knabenschule des Viertels Saint-Jean ab. Ich kenne sie, ich war dort, als sie Jahre später die Schule umgetauft haben. Der überdachte Schulhof war voll halbwüchsiger Kinder, die voller Stolz ihre Recherchearbeit präsentierten. Aber das ist wieder eine andere Geschichte. Die Szene vom April 1944 kann ich mir also vorstellen: Die Straßen sind menschenleer. Das Wetter ist gewittrig. Im Schulhof und auf der Allee blühen die Kastanienbäume mit ihren gefingerten Blättern und ihren traubenförmigen Blütenständen. Eines der Lieblingsspiele der Buben im Frühling ist das Schleudern des Blütenschwanzes. Ihre Taschen sind voll davon. Du lädst deine Schleuder mit dem Ende der Blüte der Rosskastanie, spannst, zielst und lässt los. Wenn du dein Ziel mit großer Wucht triffst, schmerzt es sehr. Es brennt und hinterlässt eine bleibende Spur. Aber natürlich trifft kaum einer, und natürlich ist es verboten.

Im Schulhof knöcheln die Buben oder spielen noch eine letzte Partie Murmeln, bevor der Herr Direktor die Pause zu Ende pfeift. Es ist dreizehn Uhr dreißig, als ein Schrei ertönt: « Die Deutschen! », und alle Burschen wie Heuschrecken zur Mauer laufen. Alle wollen sehen, die Kleinsten auf den Zehenspitzen in ihren schweren Holzschuhen, aber nur die Größeren schaffen es, auf die Mauer zu klettern. In gleichmäßigem Tempo hallen die Pferdehufe auf dem Asphalt des Boulevards. Ein Wehrmachtsoberst und drei Offiziere reiten in ihren geschniegelten Uniformen auf die Allee zu ihrer täglichen Übung. Eine schöne Parade für die Kinder. Aber plötzlich hebt der Oberst die rechte Hand zum Herzen und stößt einen Schrei aus. Die Offiziere verstecken ihn, aber es ist nicht zu übersehen, dass der Oberst vor Wut platzt. Sein Gesicht ist rot und aufgeschwollen. Er steigt vom Pferde und schreitet zum Schultor. Die Kinder haben sich inzwischen zerstreut, so schnell wie sie gekommen waren. Denn alle haben verstanden, was vorgefallen ist. Der Oberst fordert den Schuldirektor auf, die ganze Schule unter dem überdachten Schulhof zu versammeln. Der ist wütend. Der schreit. Ein Offizier übersetzt: « Wer hat das Projektil geschleudert? » Der Direktor weiß, dass alle Kinder eine Schleuder in ihrer linken Tasche verstecken und dass ihre rechten voll Kastanienblüten sind. Aber niemand stellt sich, niemand petzt. Der Oberst fordert einen Schuldigen, ansonsten werden ein Lehrer und der Direktor in der Kaserne verhört. Der Oberst platzt vor Wut. Sein Gesicht ist rot und aufgeschwollen. Keiner stellt sich, keiner petzt.

Die zwei Lehrer werden zur Kaserne geführt und erst am späten Abend wieder freigelassen. Die Geschichte erzählt nicht, wer die Kastanienblüte geschossen hatte.

On m’a raconté cette histoire. Cela se serait passé en avril 1944. La scène se déroule à Castelsarrasin, à l’école de garçons du quartier Saint-Jean. Je la connais pour y être allée des années après, quand elle a été rebaptisée. Le préau de l’école, ce jour-là, grouillait d’enfants fiers de présenter le résultat de leurs recherches. Mais c’est encore une autre histoire. La scène du mois d’avril 1944, je l’imagine comme cela : rues désertes, le temps est à l’orage. Dans la cour de l’école et sur les allées, les marronniers aux feuilles digitées sont en fleurs. Au printemps, les garçons adorent jouer avec l’inflorescence qu’on appelle ici la moussègue. Leurs poches en sont pleines. Tu mets la moussègue dans ta fronde, tu vises et tu lâches. Si tu atteins ta cible, il paraît que c’est très douloureux. Ca brûle et ça laisse longtemps une trace. Mais bien sûr, c’est dur de bien viser, et bien sûr, c’est interdit !

Dans la cour, les garçons jouent aux osselets ou aux billes avant que le directeur ne siffle la fin de la récré. Il est treize heures trente quand un cri retentit : »Les Allemands ! » Aussitôt, tous les enfants bondissent vers le mur de l’école comme des sauterelles, pour voir passer les Allemands. Les petits sur la pointe des pieds dans leurs lourds sabots, mais seuls les plus grands parviennent à grimper sur le mur. Les sabots des chevaux résonnent sur l’asphalte du boulevard. Un colonel de la Wehrmacht et trois officiers font leur exercice quotidien sur le boulevard dans leurs uniformes tirés à quatre épingles. Belle parade pour les enfants. Mais tout à coup, le colonel porte la main droite à son cœur et pousse un cri. Les officiers le couvrent, mais on voit quand même que le colonel étouffe de colère. Il a le visage tout rouge et gonflé. Il descend alors de cheval et se dirige tout droit vers le portail de l’école. Les enfants se sont dispersés, aussi vite qu’ils étaient venus. Car tous ont compris. Le colonel exige du directeur qu’il rassemble toute l’école sous le préau. Il est fou de colère. Il crie. Un des officiers traduit : « Qui a lancé le projectile ? ». Le directeur sait que tous les enfants ont une fronde dans leur poche gauche et que la droite est pleine de moussègues. Mais personne ne se dénonce, personne ne moucharde. Le colonel veut un coupable, sans quoi le directeur et un professeur seront emmenés à la caserne pour y être interrogés. Le colonel est toujours rouge de colère. Mais personne ne se dénonce, personne ne moucharde.

Les deux enseignants ont été conduits à la caserne pour n’en ressortir que tard dans la soirée, indemnes. Mais l’histoire ne dit pas qui avait tiré la moussègue.