Klagesong auf den Diphthong

(ein Slamtext zu « Zwanzig Jahre Rechtschreibreform », vorgetragen beim Poetry Slam « Textstrom » – moderiert von Mieze Medusa – in der Brunnenpassage, Wien, am 15. Juni 2017)

1977, Südfrankreich,
ich bin zehn und beginne, im Gymnasium Deutsch zu lernen,
als Fremdsprache.
Mein Vater ist Deutschlehrer,
ich sitze in seiner Klasse
– das Buch heißt „Deutsch ist Klasse“ –,
er schreibt mit der Kreide an die Tafel:
Guten Tag
Guten Abend
Vati sucht seine Pfeife
und erörtert des langen und breiten
die Groß- und Kleinschreibung,
die Zeichensetzung,
zwischen Laut und Buchstabe die Beziehung,
die Schreibweise,
die Grammatik und die vielen Ausnahmen.
„Wie soll ich wissen, wie man es schreibt,
wenn ich nicht weiß, wie man es spricht?“
„Nach einem Zwielaut scharfes ‚s’, t’as compris?“
Später kam – untrennbar – zer/be/er/ge/miß/emp/ent/ver
und der doppelte Infinitiv des Verbs.
Das ist die Kunst zu schreiben.

Später lerne ich „Die Lorelei“,
„Der Nachtschelm und das Siebenschwein“
auswendig,
es war recht aufwendig,
aber am Ende konnte ich
Deutsch,
zumindest dachte ich
die letzten zwanzig Jahre:
ich muß, du mußt, er muß,
in Massen und in Maßen,
die Gasse und die Straße,
die Küsse und die Grüße,
die Beeren und die Bären.
Ja, ich dachte, ich sei
auf dem laufenden
Zeit meines Lebens.
Aber seit dem Inkrafttreten neuer Rechtschreibregeln
glaube ich, ich kann’s nicht mehr.

Um Goethes willen,
ich stehe kopf
und brauche ein Update.
Wie soll ich jetzt schreiben:
Schweizer Käse, Wiener Küche,
Schweizerhaus, Tiroler Knödel?
Sie sagen, das Phonologische sei jetzt endlich logisch.
Ich finde das Morphematische recht problematisch.
In Deutschland hat man Spass, in Österreich mehr Spaß.
Kommt das nicht auf das Gleiche?

Ich fühle mich entkräftet wie das „ph“ in fotografisch,
stimmlos und perplex wie ein „eß“ nach einem Diphthong,
da hilft mir nicht mal mein Tai-Chi Qigong.

Ich bin nicht mehr im Stande,
ja außerstande,
aufs Äußerste verwirrt.
Ich versteh’ nicht im Geringsten,
es ist ein Albtraum,
ein Gräuel,
und übersteigt meine Fantasie.
Wer kann mir denn helfen aus meinem Nicht-mehr-fertig-Werden?
Ich zerfalle in Wörter, die auseinander geschrieben werden,
nicht mehr zusammengehören.
Muss ich alles aufs Neue lernen?
Blieb denn nichts mehr beim Alten?
Ich muss achtgeben, größte Acht geben,
und ich bin mir im Klaren,
ich muss mein Wissen mit drei „t“ langsam ins Reine bringen:
im Schritttempo die neuen Regeln über die Hippocampi zurück zu meinem Cortex schicken,
meine Großhirnrinde zum Hotspot der Orthographie entwickeln.

Aber genau genommen bin ich guten Willens
und angesichts der Situation
ist es von meinem Wissen noch nicht die Endstation,
und ich bin wie diese Reform
voll und ganz für Integration,
Integration,
Integration…

 

 

La concrétion d’un souvenir

[« Je sais bien que les objets familiers sont synonymes d’aveuglement : nous ne les regardons plus et ils ne disent que la force de l’habitude. » Marcel Cohen, Sur la scène intérieure. Faits.]

 Je l’ai trouvé dans la pièce du sous-sol de la maison de mes grands-parents que nous appelions « la salle de jeu », mais où mon grand-père, une fois à la retraite, avait installé son bureau. Il y triait ses timbres, faisait son courrier, payait ses factures, lisait et relisait les seuls documents en sa possession sur la mort prématurée de son jeune frère en camp de concentration. « Faites doucement, parce que papi travaille », disait ma grand-mère quand nous demandions à aller jouer en bas. Je me souviens des meubles démodés des années 1940 – une table en fer forgé aux carrelages espagnols, un fauteuil rouge en simili cuir – d’un mange-disque, d’un chapeau mexicain, d’un miroir rond entouré de rotin, et d’une coupe à fruits en pâte de verre…
Tout y était encore quand il s’est agi de vider la maison après le décès de ma grand-mère. Même le bureau de mon grand-père, mort pourtant quinze ans auparavant. Un meuble massif, en bois patiné, vermoulu depuis, que j’avais connu des années auparavant dans le magasin d’électroménager que tenait ma grand-mère à l’angle d’une rue de la ville. Le tiroir du haut, quand j’étais enfant, servait de tiroir-caisse. Sur le bureau de la salle de jeu, comme une mise en scène de théâtre : la lampe Mazda en loupe d’acajou et sa tulipe d’opaline, le téléphone en bakélite au cadran rotatif de la marque Ericsson, estampillé de la mention « Propriété de l’État ». Un pot à crayons rempli de stylos à bille publicitaires et d’un coupe-papier en métal très léger.
C’est lui, l’objet. Le grand mystère.
C’est ce que l’on appelle de « l’artisanat des tranchées » ou « l’art des poilus ». Il date donc de la Grande Guerre. Cent ans déjà. Le manche est fait d’une douille de balle vide ; la lame, fichée dans le culot, est un morceau de laiton de la même couleur, sans doute prélevé sur un obus, aplati et découpé en forme de flamme. La douille et le pourtour de la lame sont gravés d’un fin motif d’écailles ; sur le manche, on peut lire Souvenir ; sur une face de la lame, une ancre entourée d’un cordage – ce qui peut paraître étrange pour un soldat des tranchées –, deux initiales enlacées dont il est difficile de dire s’il s’agit d’un J et d’un E ou d’un F et d’un C, une fleur dans son pot ; sur l’autre face, la même fleur sans son pot, une colombe tenant une lettre dans le bec, et les dates 1914-15-16-17. Tombé au combat ? Ou seulement blessé et rentré au pays ? L’artisan-soldat a-t-il offert le coupe-papier en 1917 à sa mère, à une bonne amie ou une marraine de guerre, dans l’espoir de recevoir des lettres en retour ? Ou échangé l’objet contre des cigarettes, une ration de pain ? D’où mon grand-père le tenait-il ? Hérité de son père ou de son beau-père ? De son frère qui avait été dans la marine ? L’avait-il acheté ou reçu en cadeau bien après les deux guerres ? Nous ne le saurons jamais. Nous aurions dû demander. Ça, et le reste. Mais personne ne l’a fait. Par gêne ou par indifférence. Peut-être aussi parce qu’il fallait faire « doucement, parce que papi travaille ».
Ce regret laisse à la gorge un goût âcre comme l’est l’odeur du métal. Celui des balles et des obus. Qui n’a pas changé depuis un siècle.

(À voir sur le site du Weltmuseum Wien)

 

Murmure de bonheur

Quand on partait en vacances, en caravane, vers la Costa Brava ou la Costa Daurada, mon frère et moi à l’arrière de la voiture, c’était toujours papa qui conduisait. Du moins dans mon souvenir. Maman posait la main sur sa cuisse, comme pour sceller le pacte.
Elle avait toujours dans la boîte à gants des bonbons à la menthe La Pie qui Chante qu’on essayait de sucer jusqu’à faire un trou au milieu sans que l’anneau formé ne se casse ni surtout sans s’y tailler la langue. Cela occupait pendant des kilomètres. Puis on jouait à compter les 2 CV vertes, les barbus et les femmes enceintes.
Jusqu’à la frontière espagnole, on écoutait la radio française, puis des cassettes de chansons : Joe Dassin chantait L’été indien, Michel Fugain Un beau roman et Michel Delpech Chez Laurette ; et nous, nous chantions avec : « C’était bien, c’était chouette ».
Quand, sous l’effet de la chaleur, les bandes magnétiques s’étaient entortillées dans le lecteur, maman essayait bien de les rembobiner avec un stylo à bille, mais elles finissaient par se déchirer.
Plus tard, après de longues plages de silence, papa entonnait les premières mesures de « Dans ce qui fut ma poche, et qui n’est plus qu’un trou, je n’ai plus de sous » ; maman, mon frère et moi enchaînions en chœur ou en canon, et l’habitacle se remplissait de ces chants folkloriques de colonies de vacances où il était question de « plumettes d’argent » et de « feuilles d’automne, emportées par le vent ». C’étaient des airs enjoués comme Le roi Arthur suivis par d’autres plus mélancoliques : S’en allaient trois garçons, Ma chaumière, des paroles vieillottes dont je ne comprenais pas très bien le sens : « C’est Jean-François de Nantes, Oué, oué, oué, Gabier de la Fringante, Oh ! mes bouées, Jean-Françoué ».
Quand notre répertoire était épuisé et que nous avions déjà repris trois fois Se canto, ma chanson occitane préférée, dont je chantais le refrain d’une voix de tête, maman sortait de la boite à gants un autre trésor : un carnet à ressort ATLAS, à petits carreaux, sur lequel elle avait noté des jeux et des chansons, des années auparavant.
Plus de quarante ans ont passé, et le carnet est toujours là ; sur la couverture d’un bleu d’encre tout délavé on peut encore lire, sous Atlas portant son globe : « NF cahiers scolaires No 451 ». Une page est cornée à « Colchique dans les prés ». Une chanson qui se termine par « et ce chant dans mon cœur murmure, murmure, et ce chant dans mon cœur murmure le bonheur. »

Le Grand Pays

[Inde du Sud, mars-avril 2016]

« À travers les années errantes, l’œil blasé s’habitue aux plus éclatantes couleurs, aux plus étranges décors. Il finit par découvrir la décevante monotonie de la terre et la similitude des êtres – et c’est un des plus profonds désenchantements de la vie. » [Isabelle Eberhardt, « Notes de route. Maroc, Algérie, Tunisie »]

Cochin KathakaliTanjore Brihadeswara Tempel 2SwamimalaiTanjore Brihadeswara Tempel

Faire naufrage. Comme Robinson sur l’île de la Désolation avant qu’elle ne devienne « Speranza ». Échouer, l’espace d’une nuit d’orage, d’un éclair, d’un demi-sommeil, dans un monde inconnu et à première vue hostile.
Tu perds tous tes repères. Rien ne t’est familier. Des fleurs aux noms connus mais pourtant étrangers – frangipane, jacaranda – des odeurs écœurantes, des visages farouches : yeux blancs exorbités et injectés de sang au milieu de peaux de terre noire, pareils à la déesse Kali.
Tu avances à tâtons, renfermée sur toi-même, la tête couverte et le regard baissé ; tu goûtes prudemment, encore tu te protèges – de la brûlure des épices, du rhum et du soleil.
Longtemps encore tu trébuches, tu transpires, tu digères avec peine, tu as mal à la tête. Tu te raccroches à tes habitudes, tu choisis les plats dont tu connais le nom, paneer aux épinards, dals et biryanis, raïtas d’ananas ; tu te plonges dans ton livre ou ton Guide du routard en relisant pour la vingtième fois le chapitre « Signes, symboles et superstitions ».
Tu croyais que ce troisième voyage t’aiderait à comprendre, un peu plus, un peu mieux, ce pays si divers, si étrange. Mais le Sud semble être un autre pays que celui que tu connais déjà. La végétation plus luxuriante, les gens plus foncés, les religions réparties différemment. Et au lieu de s’éclairer, l’entremêlement des croyances, des coutumes et des superstitions te paraît inextricable.

Ce n’est qu’au bout de trois ou quatre jours, au prix d’une marche essoufflante à 2660 mètres d’altitude, ton visage brûlé par le soleil, puis d’un vagabondage en train à vapeur entre forêts et plantations de thé, que tu réussiras à t’ouvrir lentement à cette étrangeté.
Dans le jardin botanique, des étudiants et des jeunes militaires t’arrêteront pour te prendre en photo, c’est eux qui te demanderont d’où tu viens et quelle est ta religion ; et là, incompréhension totale, leur regard perdu dans le vide, ta vie sans croyance. Puis au détour du jardin japonais, une vieille femme de la tribu des Todas te serrera la main de ses doigts boucanés et émaciés. Un petit bout de rien, édentée, le visage serein encadré d’une sorte d’anglaises poivre et sel qui te font penser à des dreadlocks. Cette tribu, dont la religion remonte à la nuit des temps, vénère les buffles et pratique des libations au lait au lever et au coucher du soleil. Ils appellent l’au-delà auquel ils croient Le Grand Pays. On sait peu de choses sur ces Todas, si ce n’est qu’ils étaient polyandres et qu’ils ont leur propre langue, un artisanat encore vivace, et qu’il n’en resterait plus qu’un millier.
Tu t’es alors souvenue d’Amrita Sher-Gil qui, lors de son premier voyage dans le Sud de l’Inde, écrivait : « I love South India . I find the people recall the figures of Ajanta. I wish I could live and work here all my life ! ». Tu aurais voulu voir cette Inde du Sud d’il y a 80 ans. Avant que la pollution, les conflits ou les tsunamis ne la dévastent. Cette Inde au sol d’ocre et à la végétation vert d’émeraude, parsemée de petites huttes d’argile rouge couvertes de feuilles de palmiers, où, en 1937, il n’y avait encore presque pas d’Européens. Voir le palais de Mattancherry, à Cochin, désert. Pouvoir observer longuement les fresques de Shiva et retrouver les scènes érotiques qu’elle dit avoir dessinées, dans une lettre du 25 janvier 1937 : les jeux amoureux entre Krishna et des Gopîs. Ou ces silhouettes de femmes du temple de Madurai qu’elle trouvait admirables. Fascinantes. Mais tu es loin de cette « extraordinaire atmosphère ». Alors, comme à chaque fois, tu te poses des questions sur le sens de ces voyages. Et tu oses presque prononcer le mot de déception.

Tu sais pourtant que, longtemps après ce voyage, quand tu auras tout oublié de la chaleur, de la maladie, de la pollution, il te restera le battement des tambours dans la poitrine et une odeur de fleur de muscade sur les doigts. Et tu te souviendras de cette marchande d’épices au sourire radieux, et des gestes incroyablement gracieux de la jeune danseuse. Qui s’appelait peut-être Amrita.

Ooty Botanischer Garten TodaSwamimalai 2Tanjore Brihadeswara Tempel 3Thekkady

« Il est ainsi, à certaines époques de la vie, des instants où rien d’extraordinaire ne survient, mais qu’on n’oublie jamais dans la suite, car ils sont d’une indicible douceur. » [Isabelle Eberhardt, « Notes de route. Maroc, Algérie, Tunisie »]

Le remède

{Un poème d’Ashraf Fayad, traduit de l’arabe par Abdellatif Laâbi}

Tu démentiras toutes les informations
les revues de presse
les analyses des spécialistes
en dernier cri de la mode
Tu n’abuseras pas du sommeil
et du téléphone portable
Tu t’exerceras un peu
à la mort
Tu te débarrasseras de toutes les photos
que tu as gardées de ton enfance
de ton adolescence, de ta pauvreté
de ton ex-aimée
des contes de ta grand-mère
et de tes virées nocturnes
pour t’attaquer
à certaines prétendues vertus
Tu utiliseras de l’eau chaude pour ta douche
et te laveras les pieds
chaque fois que tu ôteras tes chaussettes
Tu feras tiennes les expériences
de ceux qui viendront après toi
Tu écriras ton nom à l’envers sur le miroir
Tu mangeras avec la main droite
et laisseras le reste
à ceux qui méritent plus que toi
ta bouchée trempée dans
le pétrole

http://www.atlf.org/soiree-de-soutien-a-ashraf-fayad/

Versatzstücke

1b3b2b

Klosterneuburger Stift.
Eine Winternacht.
Die Herbstsonne sickert durch die Glasfenster des Kreuzganges.
Maria von Burgund steht im kalten von Kerzen erhellten Gang mit ihrer Stiefmutter Margareta von York. Beide tragen Nachthemden. Ihre Haare zerzaust. Marias durchscheinendes Nachtgewand, ihre Hände, ihr Gesicht sind voller Blut. Sie zittert. Ihre rote Haarpracht schimmert im Kerzenlicht.
Vor ihnen liegt eine Leiche. Gerollt in einem Leintuch. Es ist Adolf von Egmont.
        „Wir können anfangen zu drehen. Achtung, stand by.“
Der Tontechniker schaut seine Urlaubsfotos an.
Ein Fahrer wartet auf seinen nächsten Einsatz.
        „Achtung, wir drehen. Ruhe bitte.“
In einer Ecke trinkt ein Wächter in Rüstung und Tappert einen schnellen Schluck aus einer Cola Flasche.
Maria und Margareta packen das Leintuch mit der Leiche.
        „Und… action!“
Die zwei Frauen zerren die Leiche hinter sich her. Plötzlich hören sie Schritte auf den Steinpflastern und das Scheppern eines Schlüsselbundes. Sie halten inne. Schauen sich besorgt an. Hinter ihnen taucht Johanna von Hallewyn, Marias Kammerfrau, auf. Erleichterung.
Mit vereinten Kräften zerren nun die drei Frauen den Leichnam um die Ecke des Kreuzganges.
        „Danke. Aus. Gut.“
Maria von Burgund isst einen Obstsalat aus einer Plastikschüssel. Man kann ein Tattoo an ihrem Unterarm erahnen.

1. Oktober 2015

Inventar

(ein Slamtext für David Herlt, geboren am 3. August 1993; vorgetragen beim Poetry Slam « Textstrom » – moderiert von Mieze Medusa – in der Brunnenpassage, Wien, am 15. Juni 2017)

Hey, Bub’, you are my star!
Mon fils, mein Sohn, mein Avatar
Du heißt David, nicht Oskar
In deinem Zimmer stehe ich da
und versuche deinen Raum zu erfassen
deine Welt, dein Universum interplanetar

Il est neuf heures moins le quart
– auf Französisch reimt sich’s aa –
und ich mache Inventar
rund ums Mobiliar
dein ganzes Leben zurückverfolgbar
wenigstens die letzten zweiundzwanzig Jahr’

Ich mache ein Inventar
und brauche kein Formular
bloß ein Dokumentar
ganz ohne Kommentar
Keine Sorge, ich verlange von dir kein Zeilenhonorar!

Auf dem Regal
abschraubbar
wie im Bazar
Shisha, Schlauch und Minztabak
16er Blech und Guinness Draught
Ballentines und Absolut Vodka
„Kein Trinkwasser“, „Privatdurchgang“
aber kein Raki und kein Ricard
Una cerveza
Bir bira
Hanfblatt, Bong, Lampe Lawa,
Protein und HMK

Bassgitarre
Berliner Mauer
Geld aus Cuba
Che Guevarra
und noch ein paar alte Alpendollar

An der Wand das Plakat von Theodor von Bass,
mit Blu-Tack
geklebt, oh Gott!, nicht mehr ablösbar!
Eine dread lock, Zottelhaar
leider nicht mehr abwaschbar

Ich bin nicht bipolar
spreche nur linear
Alles reimt sich auf „a“
Micky Mouse, Dark Messiah
Empire Total War
Donald Duck und Onkel Dag
Prince of Persia, World War Craft, Arcania
Kurt Cobain, Nirvana
Smells like teen spirit, Come as you are

Die Bücher – auf Türkisch heißen die kitaplar –
Der Nachtschelm, Le petit Nicolas
Das Siebenschwein und Mimi Cracra
Engels und Marx, von Köhlmeier: Romeo und Julia
Die Mugnuffs, Himalaya
Wilhelm Busch, Ali Baba
Le petit Spirou : Tu veux mon doigt ?
Philippe Geluck Et vous chat va ?
Asterix et la Traviata
Keine Spur von König Ottokar
Beigbeder, Vacances dans le coma,
und jetzt neu Die Vierzig Tage des Musa Dagh

Das Mittelalter, Die Indianer,
Tom Sawyer, Harry Potter
Tintin, Milou, Garfield – da setze ich ein Komma,
Nathalie ist von Sergio Lama
Marsupilami: „Houba houba!“
Lucky Luke, ein Exemplar
Boule et Bill? c’est de Roba
Sherlock Holmes? Elementar!
von der Bibliothek The Virgin Suicide
Caretta, Caretta, war es für die Matura?

Und noch die DVDs: Stermann & Grissemann,
Die Simpsons, Silentium, Popitz und Die Sims,
Pulp fiction, Scrubs, Jackass und natürlich South Park

Dis, tu te souviens des blagues Malabar?
Des aventures de Babar?
De „Sophinette, naan“?

Du warst in New York und Toronto und in Üsküdar
mit mir, aber noch nie in Zanzibar
Frequency Festivalpass
dein erstes Mal war 2008
Beatpatrol, Rock Nova
Stehparkett Russkaja
Flogging Molly in der Arena
Gasometer, Halle BACA
„Hey mum, can I get your car?“

Ja, ich weiß
meine Reime
sind nicht rein
aber dies ist ein Slam
und ich pfeif
auf den Flow, auf den Takt,
auf die Syntax,
die Hypotaxe,
Moritz und Max

Denn ich bin kein MC
bin nicht Rimbaud, nicht Shakespeare
bin nicht Jandl und nicht Keats
und auch nicht Marc Kelly Smith
Ja, das ist nur ein Slam
und keine Poesie
und „hier war Goethe nie“

Cuba libre ?

Havanna (9)Havanna Castillo del Morro (1)Trinidad (69)

[Jueves 5 febrero 2015, año 57 de la Revolucíon]

Je n’ai pas écrit.
De la mer des Caraïbes à l’Atlantique, des ruelles de La Havane aux plages de Varadero, je n’ai pas écrit.
J’ai écouté l’histoire de héros inconnus : José Cienfuegos, Tamara Bunke et Aleida March ; le buste de José Martí devant les écoles et sur les places publiques ; Chavez, « Nuestro mejor amigo ». Fidel, bien sûr, toujours vivant, toujours présent. Et plus encore le Che, peint sur les murs des usines, des ministères. Et partout des slogans : « Tu ejemplo vive, tus ideas perduran » sur un compteur à gaz, « Familia participa en el programa » sur un poteau télégraphique, et surtout « Hasta la victoria siempre » !

Devant nos yeux défilent des champs de canne à sucre à perte de vue, des plantations de tabac et de manioc ; on nous vante la semi libéralisation et un système de transports en commun qui a fait ses preuves : les gens attendent sur le bord des routes, souvent à l’ombre des ponts, qu’une voiture rouillée ou un pick-up veuille bien les emmener à la ville ; des écoliers radieux, de jeunes soldats, des femmes portant des bébés, des employés de bureau en costume-cravate, tous à la même enseigne. L’État ordonne et organise tout. En échange, le Cubain est au service de la révolution, et le travail est son salut ; la devise : « El hombre crece con el trabajo que sale de sus manos ».

On se laisse charmer par les richesses de la terre et de la mer, poisson, langouste, goyaves et papayes, éblouir par le soleil et les eaux d’émeraude, griser par les cocktails à la « vitamine R », émerveiller par les gestes ancestraux et mystiques, telle cette giclée de rhum jetée dans la poussière, libation à Agwé, dieu des mers, ou Loko, dieu du vent, ou juste pour honorer les morts.
Et le temps d’un voyage, on fait semblant d’y croire.

Je n’ai pas dansé non plus. Malgré le « son », les rythmes de salsa, rumba, mumba et chachacha ; à chaque coin de rue, sur les places, dans les cafés, les hôtels, toujours les mêmes mélodies, les mêmes textes, un répertoire de cinq ou six titres ressassés en boucle : Guantanamera, Chan Chan, Bésame mucho, Comandante Che Guevara. On secoue deux maracas, on gratte nonchalamment une guitare, et on chante De Alto Cedro voy para Marcané ou Dos gardenias para ti ; et au prochain bus de touristes on recommence au début : Guantanamera, guajira guantanamera…

Mais ce soir de février où le soleil se couche pour moi une dernière fois sur le Golfe du Mexique, je me souviens maintenant de ces hommes débroussaillant les bas-côtés de l’autoroute à la machette, des charrues primitives tirées par des bœufs, de ces vieux posant pour un peso convertible dans leurs costumes élimés des années 1950, de ces vieilles maigres et édentées assises sur les trottoirs et fumant un cigare démesuré, et de ces magasins d’alimentation presque vides. On pourrait croire que le temps s’est arrêté. Ou a passé trop vite. La vie, ici, semble être en vase clos. Et les gens me font penser à ces petits oiseaux prisonniers dans leurs cages suspendues dans les rues de Trinidad et qui continuent inlassablement de lancer leurs trilles. Mais ne connaissent rien du dehors.

Sur les plages de Varadero, de jeunes hommes aux corps d’éphèbes et à la peau d’ébène, leurs belles têtes rondes aux cheveux ras ou hérissés de nattes africaines, lointain souvenir de leurs origines, semblent vendre leur corps à des touristes en mal d’exotisme et de sensualité. Le slang américain de Canadiennes obèses entrecoupé de gloussements aigus se mêle aux cris des mouettes et des vendeuses de nippes et de chapeaux de paille. Ça pourrait être Goa, Bodrum ou Kao Lang, une plage du Sénégal ou de Zanzibar. Le soir, au coucher du soleil, les gobelets en plastique des cocktails au rhum parsèment la plage et scintillent dans les dernières lueurs du jour. C’est la fin du voyage. La fin du rêve cubain.

Pourtant, à y bien réfléchir, quelque chose a changé. Mon corps lourd et triste s’est attendri au vent de l’île. Une certaine lenteur s’est immiscée, gagnée sur la vie. Peut-être à cause du rhum, à cause du son ou des graves accents de Bésame mucho, à cause du vol majestueux des pélicans, ou de « ces senteurs d’âcres de la mer qui laissent à l’âme comme une étrange morsure ».

(la citation de la fin est extraite de : Bain de lune de Yanick Lahens)

 

 

 

Ce soir, je suis Charlie

« Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur… Ce n’est qu’une courte crise, la démangeaison d’une cicatrice… »
Mais écrire !
Écrire comme on dessine
Écrire comme on danse
Écrire comme on chante
Écrire libre !
Ce soir, je suis Charlie,
je suis Cabu, Charb et Maris,
je suis Tignous et Wolinski,
je suis une dessinatrice syrienne, une journaliste palestinienne, une blogueuse turque, une écrivain cubaine, une tagueuse tunisienne.
Et je ne pense qu’à une chose : écrire !