Versatzstücke

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Klosterneuburger Stift.
Eine Winternacht.
Die Herbstsonne sickert durch die Glasfenster des Kreuzganges.
Maria von Burgund steht im kalten von Kerzen erhellten Gang mit ihrer Stiefmutter Margareta von York. Beide tragen Nachthemden. Ihre Haare zerzaust. Marias durchscheinendes Nachtgewand, ihre Hände, ihr Gesicht sind voller Blut. Sie zittert. Ihre rote Haarpracht schimmert im Kerzenlicht.
Vor ihnen liegt eine Leiche. Gerollt in einem Leintuch. Es ist Adolf von Egmont.
        „Wir können anfangen zu drehen. Achtung, stand by.“
Der Tontechniker schaut seine Urlaubsfotos an.
Ein Fahrer wartet auf seinen nächsten Einsatz.
        „Achtung, wir drehen. Ruhe bitte.“
In einer Ecke trinkt ein Wächter in Rüstung und Tappert einen schnellen Schluck aus einer Cola Flasche.
Maria und Margareta packen das Leintuch mit der Leiche.
        „Und… action!“
Die zwei Frauen zerren die Leiche hinter sich her. Plötzlich hören sie Schritte auf den Steinpflastern und das Scheppern eines Schlüsselbundes. Sie halten inne. Schauen sich besorgt an. Hinter ihnen taucht Johanna von Hallewyn, Marias Kammerfrau, auf. Erleichterung.
Mit vereinten Kräften zerren nun die drei Frauen den Leichnam um die Ecke des Kreuzganges.
        „Danke. Aus. Gut.“
Maria von Burgund isst einen Obstsalat aus einer Plastikschüssel. Man kann ein Tattoo an ihrem Unterarm erahnen.

1. Oktober 2015

Inventar

(ein Slamtext für David Herlt, geboren am 3. August 1993; vorgetragen beim Poetry Slam « Textstrom » – moderiert von Mieze Medusa – in der Brunnenpassage, Wien, am 15. Juni 2017)

Hey, Bub’, you are my star!
Mon fils, mein Sohn, mein Avatar
Du heißt David, nicht Oskar
In deinem Zimmer stehe ich da
und versuche deinen Raum zu erfassen
deine Welt, dein Universum interplanetar

Il est neuf heures moins le quart
– auf Französisch reimt sich’s aa –
und ich mache Inventar
rund ums Mobiliar
dein ganzes Leben zurückverfolgbar
wenigstens die letzten zweiundzwanzig Jahr’

Ich mache ein Inventar
und brauche kein Formular
bloß ein Dokumentar
ganz ohne Kommentar
Keine Sorge, ich verlange von dir kein Zeilenhonorar!

Auf dem Regal
abschraubbar
wie im Bazar
Shisha, Schlauch und Minztabak
16er Blech und Guinness Draught
Ballentines und Absolut Vodka
„Kein Trinkwasser“, „Privatdurchgang“
aber kein Raki und kein Ricard
Una cerveza
Bir bira
Hanfblatt, Bong, Lampe Lawa,
Protein und HMK

Bassgitarre
Berliner Mauer
Geld aus Cuba
Che Guevarra
und noch ein paar alte Alpendollar

An der Wand das Plakat von Theodor von Bass,
mit Blu-Tack
geklebt, oh Gott!, nicht mehr ablösbar!
Eine dread lock, Zottelhaar
leider nicht mehr abwaschbar

Ich bin nicht bipolar
spreche nur linear
Alles reimt sich auf „a“
Micky Mouse, Dark Messiah
Empire Total War
Donald Duck und Onkel Dag
Prince of Persia, World War Craft, Arcania
Kurt Cobain, Nirvana
Smells like teen spirit, Come as you are

Die Bücher – auf Türkisch heißen die kitaplar –
Der Nachtschelm, Le petit Nicolas
Das Siebenschwein und Mimi Cracra
Engels und Marx, von Köhlmeier: Romeo und Julia
Die Mugnuffs, Himalaya
Wilhelm Busch, Ali Baba
Le petit Spirou : Tu veux mon doigt ?
Philippe Geluck Et vous chat va ?
Asterix et la Traviata
Keine Spur von König Ottokar
Beigbeder, Vacances dans le coma,
und jetzt neu Die Vierzig Tage des Musa Dagh

Das Mittelalter, Die Indianer,
Tom Sawyer, Harry Potter
Tintin, Milou, Garfield – da setze ich ein Komma,
Nathalie ist von Sergio Lama
Marsupilami: „Houba houba!“
Lucky Luke, ein Exemplar
Boule et Bill? c’est de Roba
Sherlock Holmes? Elementar!
von der Bibliothek The Virgin Suicide
Caretta, Caretta, war es für die Matura?

Und noch die DVDs: Stermann & Grissemann,
Die Simpsons, Silentium, Popitz und Die Sims,
Pulp fiction, Scrubs, Jackass und natürlich South Park

Dis, tu te souviens des blagues Malabar?
Des aventures de Babar?
De „Sophinette, naan“?

Du warst in New York und Toronto und in Üsküdar
mit mir, aber noch nie in Zanzibar
Frequency Festivalpass
dein erstes Mal war 2008
Beatpatrol, Rock Nova
Stehparkett Russkaja
Flogging Molly in der Arena
Gasometer, Halle BACA
„Hey mum, can I get your car?“

Ja, ich weiß
meine Reime
sind nicht rein
aber dies ist ein Slam
und ich pfeif
auf den Flow, auf den Takt,
auf die Syntax,
die Hypotaxe,
Moritz und Max

Denn ich bin kein MC
bin nicht Rimbaud, nicht Shakespeare
bin nicht Jandl und nicht Keats
und auch nicht Marc Kelly Smith
Ja, das ist nur ein Slam
und keine Poesie
und „hier war Goethe nie“

Cuba libre ?

Havanna (9)Havanna Castillo del Morro (1)Trinidad (69)

[Jueves 5 febrero 2015, año 57 de la Revolucíon]

Je n’ai pas écrit.
De la mer des Caraïbes à l’Atlantique, des ruelles de La Havane aux plages de Varadero, je n’ai pas écrit.
J’ai écouté l’histoire de héros inconnus : José Cienfuegos, Tamara Bunke et Aleida March ; le buste de José Martí devant les écoles et sur les places publiques ; Chavez, « Nuestro mejor amigo ». Fidel, bien sûr, toujours vivant, toujours présent. Et plus encore le Che, peint sur les murs des usines, des ministères. Et partout des slogans : « Tu ejemplo vive, tus ideas perduran » sur un compteur à gaz, « Familia participa en el programa » sur un poteau télégraphique, et surtout « Hasta la victoria siempre » !

Devant nos yeux défilent des champs de canne à sucre à perte de vue, des plantations de tabac et de manioc ; on nous vante la semi libéralisation et un système de transports en commun qui a fait ses preuves : les gens attendent sur le bord des routes, souvent à l’ombre des ponts, qu’une voiture rouillée ou un pick-up veuille bien les emmener à la ville ; des écoliers radieux, de jeunes soldats, des femmes portant des bébés, des employés de bureau en costume-cravate, tous à la même enseigne. L’État ordonne et organise tout. En échange, le Cubain est au service de la révolution, et le travail est son salut ; la devise : « El hombre crece con el trabajo que sale de sus manos ».

On se laisse charmer par les richesses de la terre et de la mer, poisson, langouste, goyaves et papayes, éblouir par le soleil et les eaux d’émeraude, griser par les cocktails à la « vitamine R », émerveiller par les gestes ancestraux et mystiques, telle cette giclée de rhum jetée dans la poussière, libation à Agwé, dieu des mers, ou Loko, dieu du vent, ou juste pour honorer les morts.
Et le temps d’un voyage, on fait semblant d’y croire.

Je n’ai pas dansé non plus. Malgré le « son », les rythmes de salsa, rumba, mumba et chachacha ; à chaque coin de rue, sur les places, dans les cafés, les hôtels, toujours les mêmes mélodies, les mêmes textes, un répertoire de cinq ou six titres ressassés en boucle : Guantanamera, Chan Chan, Bésame mucho, Comandante Che Guevara. On secoue deux maracas, on gratte nonchalamment une guitare, et on chante De Alto Cedro voy para Marcané ou Dos gardenias para ti ; et au prochain bus de touristes on recommence au début : Guantanamera, guajira guantanamera…

Mais ce soir de février où le soleil se couche pour moi une dernière fois sur le Golfe du Mexique, je me souviens maintenant de ces hommes débroussaillant les bas-côtés de l’autoroute à la machette, des charrues primitives tirées par des bœufs, de ces vieux posant pour un peso convertible dans leurs costumes élimés des années 1950, de ces vieilles maigres et édentées assises sur les trottoirs et fumant un cigare démesuré, et de ces magasins d’alimentation presque vides. On pourrait croire que le temps s’est arrêté. Ou a passé trop vite. La vie, ici, semble être en vase clos. Et les gens me font penser à ces petits oiseaux prisonniers dans leurs cages suspendues dans les rues de Trinidad et qui continuent inlassablement de lancer leurs trilles. Mais ne connaissent rien du dehors.

Sur les plages de Varadero, de jeunes hommes aux corps d’éphèbes et à la peau d’ébène, leurs belles têtes rondes aux cheveux ras ou hérissés de nattes africaines, lointain souvenir de leurs origines, semblent vendre leur corps à des touristes en mal d’exotisme et de sensualité. Le slang américain de Canadiennes obèses entrecoupé de gloussements aigus se mêle aux cris des mouettes et des vendeuses de nippes et de chapeaux de paille. Ça pourrait être Goa, Bodrum ou Kao Lang, une plage du Sénégal ou de Zanzibar. Le soir, au coucher du soleil, les gobelets en plastique des cocktails au rhum parsèment la plage et scintillent dans les dernières lueurs du jour. C’est la fin du voyage. La fin du rêve cubain.

Pourtant, à y bien réfléchir, quelque chose a changé. Mon corps lourd et triste s’est attendri au vent de l’île. Une certaine lenteur s’est immiscée, gagnée sur la vie. Peut-être à cause du rhum, à cause du son ou des graves accents de Bésame mucho, à cause du vol majestueux des pélicans, ou de « ces senteurs d’âcres de la mer qui laissent à l’âme comme une étrange morsure ».

(la citation de la fin est extraite de : Bain de lune de Yanick Lahens)

 

 

 

Ce soir, je suis Charlie

« Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur… Ce n’est qu’une courte crise, la démangeaison d’une cicatrice… »
Mais écrire !
Écrire comme on dessine
Écrire comme on danse
Écrire comme on chante
Écrire libre !
Ce soir, je suis Charlie,
je suis Cabu, Charb et Maris,
je suis Tignous et Wolinski,
je suis une dessinatrice syrienne, une journaliste palestinienne, une blogueuse turque, une écrivain cubaine, une tagueuse tunisienne.
Et je ne pense qu’à une chose : écrire !

À côté de la vie

J’entends dire « j’ai peur de passer à côté de la vie ». Parler de passage. Quand je me sens immobile. C’est la vie qui me passe à côté. Me court après. Me rattrape. Passe. Me dépasse. Et fuit. La vie des autres : fêtes, voyages, sorties, projets. Oui, mais les autres. Et moi ? De la poussière enlevée qui reviendra toujours. Des textes écrits qui ne paraîtront pas. Des herbes arrachées qui repoussent sans cesse. Des livres qui ne seront pas lus. Des films imaginés qui ne verront pas jour. Vie parallèle, vie rêvée, vie échouée ? Je t’entends dire « je suis passée à côté de la vie ». Et je ne comprends pas ce que tu veux me dire. Je reste là, inerte. Silencieuse. Interdite.

 

 

 

Selfies *** [Istanbul, juin 2014]

C’est moi au réveil, dans la Coşkun Sokağı.
Moi dans le tramway en direction de Topkapı Saray. Et moi devant l’hermaphrodite de Pergame.
C’est encore moi sous une pluie d’orage, entre la tour Galata et la place Taksim.
Gros plan sur mes tennis détrempés.
C’est moi sur le balcon surplombant le Bosphore, face à Topkapı illuminé, un ballon de vin du pays d’Oc à la main.
Puis moi assise sur le tapis de la mosquée Rüstem Pascha pour échapper à la cohue du bazar égyptien.
C’est moi avec Ara Güler devant le musée d’art moderne.
Moi, le dernier jour, sur le bateau pour Kadiköy et sur la promenade de Moda.
C’est ma main tenant un verre de thé, c’est mon assiette de calamars grillés, ma coupelle de salicornes sur fond de givre de rakı.
Et ça, c’est moi dans l’avion du retour.


*** selfie : n. m. (mot anglais, de self « soi-même »), autoportrait numérique, généralement réalisé avec un smartphone et publié sur les réseaux sociaux – un des mots qui feront leur entrée dans Le Petit Robert et Le Petit Larousse en 2015

Familienrezept nach alter Art / Pour faire une famille

Deutsche Version in: DUM, Das Ultimative Magazin,
Thema: « RATSCHLAG »,
Jahrgang 17, No.: 69/2014

Man nehme einen Vater, der Kraft, Strenge und Autorität verkörpert, und ein Muster an Zärtlichkeit, Vorsicht und Weisheit als MutterDie Zutaten auf Liebe betten, mit einer Prise Leidenschaft und einer Messerspitze Lüsternheit bestreuen und ziehen lassenDie Mischung in ein Gefäß gießen
In regelmäßigen Abständen Rebellionen, Träume, Groll, Bitterkeit und Alltagsschaum abschöpfen
Ein wenig Unschuld, Treuherzigkeit, Lebensfreude, Naivität und Vertrauen in einem Teelöffel Zitronensäure auflösen
Die Mischung zugeben und jahrelang ruhen lassen
Normalerweise bildet sich an der Oberfläche eine Schicht Dankbarkeit und Pflichtgefühl
Die Zugabe von Streitigkeiten, Nörgeleien, Seufzern, Tränen, Geheimnissen und Tabus bewirkt eine leicht bittere Note
Je nach Geschmack einen Hauch von Religiosität oder Scheinharmonie beimengen, und nach Belieben
mit Fetischen,
einem Bauernschrank,
einem alten Sessel,
einem Schmuckstück,
einem Fotoalbum versetzen,
wahlweise auch
Bohnerwachs, Staub oder Schmieröl ins Feuer gießen…
Jahrelang täglich umrühren
Nach abgeschlossenem Gärungsprozess die Mischung pürieren (auf die Finger achten) und durch ein grobes Leinentuch passieren
Das Leinentuch waschen (nicht in der Öffentlichkeit)
Die Mischung mit Bittersäure legieren
Nach Geschmack würzen
Auf schwacher Flamme zum Köcheln bringen und eindicken
Das Gericht flambieren, in der Gascogne mit Armagnac, im Dauphiné mit Chartreuse
In Flaschen füllen und im Keller lagern
Anschließend den Rest der Flasche Armagnac oder Chartreuse austrinken und mit Freunden ausgehen

Pour faire une famille [recette à l’ancienne]

Prenez un père qui incarne force, rigueur et autorité et une mère qui soit un parangon de tendresse, de vigilance et de sagesse
Préparez une décoction en les mettant à infuser dans un lit d’amour, que vous saupoudrerez d’un zeste de passion et d’un soupçon de lubricité
Mettez la préparation dans un récipient
Fermez bien le récipient pour éviter que ne se forment à la surface rébellions, fantasmes, rancœur, amertume ou écume des jours
Dissoudre un peu d’innocence, de candeur, de joie de vivre, de naïveté et de confiance dans une cuillère d’acide
Ajoutez à la décoction et laissez reposer pendant plusieurs années
Il doit normalement se développer à la surface une couche de gratitude et de sens du devoir

Au fil des ans, ajoutez à froid disputes, murmures, soupirs, larmes, secrets, tabous. Pour l’amertume, cela s’entend
On peut y ajouter, à l’envi, quelque relent de religiosité ou simulacre d’harmonie,
des fétiches,
un bahut,
un voltaire,
un bijou,
un album de photographies (le père sur son cheval ou en train de fumer la pipe),
de l’encaustique et de l’huile de coude,
ou de la poussière…
Remuez tous les jours pendant des années
En fin de fermentation, passez à la moulinette en prenant soin d’épargner vos doigts puis filtrez la préparation à travers un linge
Lavez le linge en famille
Ajoutez une liaison d’aigreur et de ressentiments et arrosez-en votre préparation
Épicez à votre goût
Mettez sur le feu. Faites frissonner puis laissez réduire
En Gascogne, on flambera à l’Armagnac ; dans le Dauphiné, à la Chartreuse
Versez dans des bouteilles. Couchez-les à la cave où la préparation se conservera très longtemps
En remontant de la cave, finissez la bouteille d’Armagnac (ou de Chartreuse, selon votre origine) et sortez avec des amis

Rêves d’ailleurs

 Jan Lievens
Jan Lievens, Portrait d’un garçon en habit perse
(vers 1631, huile sur bois, 67 x 51,8 cm, collection privée, New York)

La peinture du fond semble être encore humide. Et devant ce rideau de moire chatoyante, tu poses, l’air rêveur. Je détaille ton costume : la cape de popeline et sa chaînette d’or, le pourpoint de laine fine qui ceint ton ventre rondelet, ton turban de soie brodée et sa plume d’autruche. Dans l’alcôve où le peintre exécute ton portrait, j’imagine des miroirs, des pendules de cuivre et des coffres sculptés. On dit ton siècle d’or, ta ville est très prospère. Fils d’un riche marchand, tu sais lire et écrire, et tu connais le monde à travers les cadeaux que ton père rapporte de voyages : pommes-grenat du Levant ou benjoin d’Arménie. Tu as dans tes trésors une pierre de lune et une fleur de laine blanche plus douce que celle des moutons.
Pourtant, autour de toi, le vide.
Dans ce musée au bord du Bosphore, quatre siècles ont passé. Je m’approche. J’interroge ton visage, engoncé dans ce col empesé : la pâleur rosée de tes joues potelées et ta lèvre boudeuse ; mais ces pépites d’argent dans tes yeux délavés, est-ce le reflet d’une larme ? De la peur, de l’ennui ? Ou de la nostalgie ? Dans tes yeux, dans mes yeux. Est-ce un rêve d’ailleurs ? Te rêves-tu pêcheur, vêtu de camelot, les pieds nus dans le sable ?
Je sais alors qu’un jour tu partiras.

Orhan Peker

Orhan Peker, Balıkçı çocuk ve kediler (Jeune pêcheur avec chats, 1976, Istanbul Modern)

Kopf oder Zahl?

İstanbul’u dinliyorum,
gözlerim kapalı… [Orhan Veli]

[in Podium, Doppelheft 169/170, Thema: halbvoll halbleer, November 2013, Wien]

Istanbul, Donnerstag 10. März 2011, 10 Uhr 05.
Ich bin zum Brunchen um halb elf eingeladen und soll die simit mitbringen. Vier Stück Sesamkringel. Vor der Yeni Camii kosten sie nur 75 Kuruş, hier auf der großen Touristenmeile wahrscheinlich 1 Lira. Kaç para? lautet die Frage. Wie oft habe ich gefragt und die Antwort nicht verstanden! Zur Not kann man sich mit Gesten verständigen. Oder ich gebe dem simitçi 4 Lira und werde wohl sehen, ob er mir zurückgibt. Nach 7 Tagen Kurs – es entspricht immerhin schon 28 Stunden – kann ich die Zahlen noch immer nicht. Vokalharmonie und Agglutination sind kein Geheimnis mehr für mich. Aber die Zahlen… Ich versuche sie mir im Gehen einzuprägen. Schön im Rhythmus: bir, iki, üç… In der Sesamstraße stellt ein Graffiti eine schreiende Frau dar. So fühle ich mich manchmal nach zwei Stunden Hausübungen. Jeden Vormittag. Und vier Stunden Kurs am Nachmittag. Es sind sechs Stunden Türkisch am Tag. Und ich kann die Zahlen noch immer nicht. Trotz der heutigen Hausübung, Seite 36, Nummer 8: „Schauen Sie sich die Liste mit den Telefonnummern an; wen würden Sie anrufen, wenn Sie folgende Nummern wählen würden: beşyüzellidokuz kırküç seksenyedi“. Wenn ich es so geschrieben sehe, ist es kein Problem, aber beim Gemüsehändler oder im Bazar bin ich sofort als Touristin entlarvt. 666, die Zahl des Teufels steht jetzt an der Wand geschrieben, in großen schwarzen Ziffern. Auf Türkisch altı altı altı. Ich gehe am Wasserverkäufer vorbei, über dem Eingang steht Water World und die Telefonnummer 292 73 10. Schweißausbruch. Ich werde es nie schaffen. Dabei ist die Umstellung für mich, als Französin, nicht so schlimm wie für Deutschsprachige: zuerst die Zehnerstelle und dann die Einerstelle. Im Türkischen wie im Französischen. Achtzehn ist zehn acht, also on sekiz, wie dix-huit. Diese deutsche Eigenart bescherte mir übrigens vor gut zwanzig Jahren eine unvergessene Blamage: Ich saß im Café und wollte zum ersten Mal meine Rechnung „österreichisch“ bezahlen, das heißt den Betrag auf die nächsthöhere Summe aufrunden. „Zweiunddreißig Schilling“ sagte der Kellner, und ich, wie aus der Pistole geschossen „fünfundzwanzig“. Die Luft blieb stehen. Der ganze Tisch schaute mich verblüfft an. „Nein“, wiederholte der Kellner, „zwei–und–dreißig.“

Neben dem Seiteneingang des deutschen Krankenhauses ziert noch ein Graffiti die Wand: ein roter Peter Pan mit den Nummern P.4 140. Und genau 140 Schritte sind es auch durch das Krankenhaus, also gehen sich 14 Mal durchzählen von bir bis on aus. Ich habe aber auf Französisch mitgezählt. Nur um es zu wissen fürs nächste Mal. Auf der Straße fange ich nochmals von vorne an: bir, iki, üç, dört, beş, altı, yedi, sekiz, dokuz, on. Ich übe mit allem und überall: Telefonnummern vom Pizzadienst oder Wiener-Wald-Lieferanten (ja, Wiener Wald!), Autokennzeichen, Ortsschildern, Benzinpreisen. Am Taksim steht der Straßenhändler mit der Saftpresse: nar suyu, drei Lira – portakal suyu, eine Lira. Ein Display vor einer Bank gibt den Wechselkurs an: 1 € = 1,22 TRY – 1 CHF = 1,46 TRY – aber auch das Datum, die Temperatur und die Luftfeuchtigkeit. Naturgemäß fällt mir dazu ein literarisches Zitat ein: „die Isothermen und Isotheren taten ihre Schuldigkeit“! Trotzdem erstaunlich: Ich hatte nie gemerkt, wie sehr Zahlen unser Leben bestimmen. Oder könnte es sein, dass die Türken Zahlen besonders mögen? Naturgemäß? Weil die Gebetszeiten so genau berechnet werden? Das Mittagsgebet, das gestern um 11.05 Uhr war, wird heute um 11.04 Uhr und morgen um 11.03 Uhr sein. Atatürk ist am 10. November 1938 um genau 9.05 Uhr gestorben. Das zu wissen ist notwendig, da jedes Jahr das ganze Land des Staatsgründers mit einer Schweigeminute gedenkt, in der der gesamte Verkehr zwar stehen bleibt, aber alle Hupen auf den Straßen und Sirenen auf dem Bosporus dröhnen. Historische Zahlen sind überhaupt eine gute Übung. 330: Byzanz wird Konstantinopel. 1923: Gründung der türkischen Republik. 1453? Die Zahl kennt jeder Türke, und wenn die Türkei Fußball gegen Griechenland spielt, werden Transparente mit dieser Zahl geschwenkt: das Jahr der Eroberung Konstantinopels durch Sultan Mehmet II. In Worten, der Zweite. Die Ordinalzahlen kann ich sowieso noch nicht. Kein Grund jedoch, mich von der 64 m hohen Bosporusbrücke oder vom 67 m hohen Galataturm zu werfen. Ich fange mit den Kardinalen an, und die muss ich üben, üben, üben. Als der Asteroid B 612 im Jahr 1909 von einem türkischen Astronomen entdeckt wurde… Nein, das ist eine andere Geschichte und hat schon wieder mit Literatur zu tun. Ich sehe schon den Simitverkäufer. Nur noch ein paar Schritte. Ein Mal kann ich noch üben. Bir, iki, üç, dört, beş, altı, sekiz, dokuz, on. Wommm!
Merhaba. Dört simit lütfen!, wage ich mit einem Lächeln. Er verpackt mir die vier simit und reicht sie mir. Kaç para?
Tiri.
Die Antwort versetzt mir einen Schock. Tiri? Ich gehe noch schnell im Kopf die Zahlen durch, von eins bis zehn. Tiri ist nicht dabei. Soviel kann es nicht kosten, dass er mir eine von mir unbekannte Summe nennt. Spricht der Mann arabisch oder irgendeinen Dialekt?
Und während er mir drei Finger vor die Nase hält und tiri wiederholt, verstehe ich, dass der alte Mann einfach nur so wenig Englisch kann wie ich Türkisch.

Heute laufe ich in Istanbul herum mit dem Kopf frei von Zahlen. Irgendwie kann ich mich schon verständigen. Auf dem Gemüsemarkt verwende ich nicht mehr kaç para? sondern ne kadar, und lasse dabei im Auslaut ein deutliches Zischen hören. Oft verstehe ich sogar die Antwort.
Ich fahre mit dem vapur auf den Fischmarkt nach Üsküdar. Was kümmern mich Datum, Lufttemperatur und Windstärke? Ich lasse den Spätsommerwind wie eine Berührung durch meine Finger wehen. Über dem Bosporus färbt die mattgewordene Sonne den Himmel rosarot und die Gischt silbergrün. Manchmal schließe ich die Augen, wie im Gedicht von Orhan Veli, um den Stimmen und Geräuschen Istanbuls einfach nur zuzuhören: dem Klatschen der Wellen, dem Lachen der Möwen, und weit, weit weg, von den Hügeln Asiens anschwellend, dem ersten Ruf zum Zuhrgebet. Und die Zahlen bleiben ungesagt.

haut – bas – fragile

Übersiedlung (2)quitter Istanbul (1)Übersiedlung (4)

[variations sur le thème « quitter Istanbul – retrouver Vienne »]

« On reconnaît les villes à leur démarche, comme les humains. »
[R. Musil, L’homme sans qualités, traduit par P. Jaccottet]

C’est d’abord quitter le bruit incessant de la ville ; le vacarme du jour : les sirènes des bateaux, le bourdonnement des cargos, le cri des mouettes, les klaxons des voitures, les sifflets d’agents de police, les feulements de matous en colère, le grincement du tramway, les aboiements de chiens, le tintement des cuillères dans les verres de thé, la plainte geignarde des enfants appelant leur mère, les poules de la cour, l’appel des rémouleurs, ferrailleurs et chiffonniers, les grésillements de perceuses, crépitements de soudeuses et coups de marteaux, et le livreur de pizzas ou d’escalopes viennoises, mais aussi les échos de la nuit : les mélopées arabesques montant des bateaux à touristes, le chant du muezzin, les miaulements de chattes en chaleur, la Harley du bout de l’impasse, et encore et toujours la rumeur sourde et obsédante qui monte du Bosphore, à toute heure du jour, de la nuit.

C’est laisser derrière soi la moiteur, la sueur, la poussière qui colle à la peau, la suie qui noircit la plante des pieds, les marchandages pour un plateau en cuivre ou deux écharpes de laine, le marché du dimanche, le manav ouvert la nuit, les traversées en vapur pour aller en Asie acheter du poisson, les errances dans le quartier des antiquaires, les bières fraîches sous le pont Galata et les troquets de Cihangir.

C’est oublier peu à peu les graffitis dans l’ombre des ruelles étroites, le café Urban sous sa vigne sauvage, les concerts de casserole, le vrombissement des canons à eau, la marée humaine de l’Istiklal Caddesi et l’ébullition de la place Taksim, l’odeur sucrée de cannelle de la viande grillée et celle âcre de poivre des gaz lacrymogènes.

C’est ralentir le pas, reprendre son souffle, revenir à l’essentiel. C’est un peu comme, après une escapade amoureuse ou un moment de folie, retrouver une ancienne maîtresse, les notes graves de sa voix, son parfum familier, sa respiration lente, ses gestes tendres et silencieux, et avoir le sentiment apaisant d’être enfin rentré chez soi.