« 111 »

traduction de poèmes d’Arnold Schmidt extraits de « 111 » (* Traduits et publiés avec l’autorisation de © Privatstiftung – Künstler aus Gugging) *

(1)

Je suis tous les Arnolds, même Madame Arnold.

(2)

Être tout, consciemment, c’est être ce qu’on est.
Et c’est la conscience de l’autre de ne pas être
ce que la conscience n’est pas.

(19)

Poème
C’est beau, le premier jour de la vie.

(20)

Les intervalles me jouent des tours. Le 2e intervalle – perdu la pensée ; puis repensée.

(21)

Le béton m’est tombé dans la tête, le béton.

(31)

Gugging a 100 ans

Le premier jour à Gugging.
100 ans.
Centenaire aujourd’hui.
Gugging fête son anniversaire.
100 ans.
À Gugging, il y a de grandes peurs.
La folie des grandeurs du patient grandit de jour en jour.
Mais la vie continue, en chapeau melon et bottes de pluie.
Les tueurs à la ronde ne pensent qu’à tuer.
Égorger. Couteau planté dans la poitrine.
J’ai dormi dans mon lit, 100 ans.
La Belle au bois aussi, 1000 ans,
puis le prince l’a libérée.

Je passerai sans doute les 100 années suivantes dans un lit à barreaux. Premiers pas dans un parc de bébé, à barreaux.
Que veut dire Gugging ?

Gugging veut dire guérir.

(41)

Je suis complètement toqué, parce qu’une mouche m’est rentrée dans l’œil gauche, puis l’oreille gauche ; et puis elle a fini dans mon cerveau. Pour y faire naître la maladie.

(49)

Chers parents !
Sincères salutations de votre fils, Bruce. Je m’appelle Lee et je viens de Chine. Je suis maître de kung-fu, mon métier, c’est philosophe. Je veux être infirmier. Je viens d’Espagne. L’Espagne est une terre inconnue.

Je te salue
Bruce Lee

(65)

Garçon de courses
Porter des messages en courant, pour les infirmiers.
Puis redevenir patient, ce qu’on est vraiment.

(67)

La bière de la perle de l’aéroport de Vienne part en Australie.

(72)

Vous me prenez toutes les naissances que j’ai dans la tête, avec vos piqûres. Vous êtes des repoussoirs. Moi, je ne suis pas un repoussoir. Vous m’injectez la schizophrénie avec vos piqûres, et après vous dites que je suis schizophrène.
Vous me bombardez le crâne, la calotte crânienne, vous me la bombardez. À coup de piqûres vous m’enlevez toutes les naissances – vous voulez me prendre toutes les naissances. Vous êtes dégoûtants !

(105)

La nausée

la nausée de l’usé saute dans l’herbe, et l’herbe broute le gazon. Le gazon vole et gaze la tondeuse-à-usé du conducteur de la machine. L’usé recrée tout, crée au-delà du gazon de l’usé. Selon l’usage, c’est encore l’usé. Nous sautons au-dessus du gazon avec une machine.

(106)

L’hiver, l’été, l’automne, le printemps,
La neige, le soleil, la lune, l’oasis –
et quoi d’autre ?
Le ciel, l’horizon, les pierres,
Pierres de lune et poussière de lune.
Mars, la station lunaire –
et quoi d’autre ?
Pluton, l’âme, le corps,
Les plantes, l’esprit –
et quoi d’autre ?
La tête, le cerveau, les fronts,
La psyché, la pfiché (le corps),
L’âme du corps, les mains, les pieds, les ongles –
et puis c’est tout.

(107)

Devoir

Aujourd’hui
j’écris
un poème
sur l’amour.

L’amour est l’amour
de l’amour de tous
les temps.

C’était le temps
de tous
les temps.
C’était
le poème.

(108)

Tu as tous les corps et j’ai tous les corps. Nous ne nous repoussons pas. Tu as la force première et aussi la dernière.

(109)

Le soleil, la lune, la terre,
La planète, mars, les mondes astrals ;
L’auto, l’OVNI, les sphères ;
Les nuits, nuits de mars, nuits de lune ;
Le bonheur, le travail, aller au travail.

Aujourd’hui, nous allons à la vie.

(110)

Le savoir ne cesse jamais

(111)

* Né en 1959 à Wiener Neustadt (Basse-Autriche), le jeune artiste Arnold Schmidt est invité en 1986 par la Maison des Artistes de Gugging. C’est là que vit et travaille aujourd’hui encore « Andi ». En 1999 paraît son recueil de poèmes 111 (éditions minimal, Vienne), transcrits par Otmar Schmid. En 2007, Christian Diendorfer met certains d’entre eux en musique (Lieder nach Texten von Ernst Herbeck und Arnold Schmidt für Männerstimme und Ensemble).

 

Lacrimosa

(texte paru dans/erschienen in Words & Worlds / Worte & Welten, eine bilinguale Zeitschrift für Migrantinnenliteratur, 2019)

(français)

Des mains gantées de blanc ont soulevé du lit son corps léger. Dans la pénombre, on aurait dit qu’il flottait. Le visage blême comme de la cire refroidie, le costume bien trop grand. Puis ils ont porté le lourd cercueil aux poignées ornées de fioritures dans le corbillard, et toutes les voitures sont parties dans un long convoi vers le crématorium. Trajet interminable sous le soleil de novembre. Personne ne parlait. On regardait le paysage, les vignes d’automne et les allées de platanes qui bordent la route. Les yeux, sans maquillage, gonflés et rougis d’avoir tant pleuré pendant la messe, et après, sur le parvis de l’église, les efforts pour étouffer un sanglot et dire, après chaque mot de condoléances : « Merci d’être venus… »

L’établissement est à l’écart de la ville, vaste et spacieux, avec d’immenses parkings, comme un cinéma drive-in ou un parc d’attractions. On nous a emmenés dans une salle pompeuse, décorée comme une chapelle moderne. Le cercueil s’y trouvait déjà, drapé d’un tissu solennel. De grandes fenêtres avec des rideaux à fleurs. Aux murs des photos : soleil couchant, ciel de nuages, champ de pavots. Ils jouaient le Requiem de Mozart. Sempiternel Requiem, déchu au rang de musique de supermarché. Trop de kitsch, trop de lumière. Lux aeterna. Personne ne se regardait, les minutes duraient une éternité. Et devant, le cercueil. Par les fenêtres hautes on pouvait voir le ciel, si bleu. Dans l’épaisseur du double vitrage, l’air chaud vibrait, faisant des motifs comme à la surface d’un étang quand on fait des ricochets. Recueillement, prières, minutes de silence. Rien de tout cela. Plus de cris non plus. Mais des pleurs et des sanglots. Simplement ces sanglots sonores. Le mouchoir détrempé. Puis, ils sont venus chercher le cercueil et ont allumé une télévision. Sur l’écran, on a vu s’ouvrir deux portes d’acier rutilantes et le cercueil, que l’on reconnaissait à ses poignées imposantes, disparaître dans les flammes. Violence théâtrale. Il faisait chaud, ils jouaient encore le Requiem, mais le cercueil n’était plus là. C’est alors que l’écran a eu un raté, ou bien était-ce la fin ? On ne voyait plus que de la neige sur le fond noir de l’écran. Effroi et certitude que tout était fini. Redevenu poussière. Requiescat in pace. Un des hommes gantés de blanc est entré, à pas lents, a éteint la télé et nous a priés de sortir. Les invités se sont dispersés dans les parterres de fleurs, sur le parking, dans les allées du cimetière. On a remis à ma grand-mère une urne qu’elle pouvait à peine porter. Une dernière fois elle a crié son nom. Et tout le chemin du retour, elle a serré contre elle ce qu’il restait de lui. Tout n’est que poussière.

(Deutsch)

Weiße Handschuhe haben den leichten Körper vom Bett in den Sarg gehoben. Im Halbschatten war es, als ob er schweben würde, das Gesicht bleich wie kaltes Wachs, der Anzug viel zu groß. Dann den schweren Sarg mit den verschnörkelten Griffen in den Leichenwagen, und alle Autos sind weggefahren, in einem langen Konvoy. Lang hat die Fahrt gedauert bis zum Krematorium, unter der strahlenden Novembersonne. Wir saßen wortlos, schauten die Landschaft an, die herbstlichen Weinberge, die Platanen die Straße entlang. Die Augen, ungeschminkt, aufgeschwollen und gerötet, vom vielen Weinen während der Totenmesse und dann, auf dem Kirchenvorplatz, nach jedem Beileidswort gerade noch schluchzen können: „Danke dass ihr gekommen seid…“

Die Anlage liegt abseits der Stadt, großzügig gestaltet, mit Riesenparkplatz, wie ein Autokino oder ein Vergnügungszentrum. Sie haben uns in einen Raum geführt, einer modernen Kapelle nachempfunden, der Sarg stand schon da, in ein feierliches Tuch gehüllt. Große Fenster mit blumigen Vorhängen. Fotos an der Wand: Sonnenuntergang, Wolkenhimmel, Mohnblumenwiese, blutrot. Sie spielten das Requiem von Mozart. Ewiges Requiem, zu Supermarktmusik verkommen. Zuviel des Kitsches, zu viel des Lichtes. Lux aeterna. Niemand schaute sich an, die Minuten dauerten eine Ewigkeit, der Sarg stand da. Aus den hohen Fenstern konnte man den Himmel sehen, so blau. Zwischen den zwei Glasscheiben flimmerte die heiße Luft und zeichnete dabei Muster wie die Oberfläche eines Teiches beim Steineklatschen. Sammlung, Andacht, Gedenken, Gebete. Nichts von all dem. Es wurde geweint, geschluchzt. Es gab keine Schreie mehr. Nur noch dieses laute Schluchzen. Das Taschentuch durchnässt. Dann haben sie den Sarg geholt und den Bildschirm eingeschaltet. Man sah, wie zwei glänzende Stahltüren sich öffneten und wie der Sarg, man konnte ihn an den pompösen Griffen genau erkennen, in tanzende Flammen hineingeschoben wurde. Theatralische Gewalt. Es wurde heiß, sie spielten noch immer das Requiem, der Sarg stand nicht mehr da. Und dann hatte der Bildschirm einen Aussetzer, oder es war das Ende. Da sah man nur noch weißes Flimmern auf schwarzem Hintergrund. Entsetzen, Furcht, Gewissheit, dass es endgültig vorbei war. Alles wieder zu Staub. Requiescat in pace. Einer der Männer mit weißen Handschuhen kam herein, schaltete den Fernseher aus und bat uns hinauszugehen. Die Gäste zerstreuten sich zwischen die Blumenbeete, auf den Parkplatz, in die Friedhofsalleen. Meiner Großmutter wurde eine wuchtige Urne in die Arme gedrückt, die sie kaum tragen konnte. Sie schrie noch einmal seinen Namen. Und fuhr die ganze Strecke zurück, mit der Urne auf dem Schoß. Alles ist von Staub gemacht.

Last painting

Auslöschen der Lampe im Morgenlicht. Im Halbschatten der Morgendämmerung haben sie sie gebadet und sie in einen weißen Sari gehüllt. Ein Kaschmirschal, rotes Zinnober-Pulver im Scheitel ihres Haars. Ihre Lider Rosen gleich, ihre Brauen geschwungen wie ein Bogen. Im Rot der aufgehenden Sonne haben liebende Hände ihren Leichnam getragen, an der Badshahi Moschee und am Fort vorbei, bis zu den Ufern des Flusses Ravi. Bei jedem Schritt das Klirren ihrer Armreifen.
Hier sind keine steinernen Ghâts, die zum Wasser hinführen, nur die sandigen Ufer. Der Fluss ist breit und ruhig. Es ist Winter, es ist Ebbe. Ein Sonntag im Dezember. Frühwind. Die Kräuselungen des Wassers wiegen die ersten Fischerboote und silbrig glänzende Lotusblätter. Ein streunender Hund, weidende Büffel, schwärmende Vögel. Ein Yogi sitzt halbnackt vor dieser Flusslandschaft. Sein langes verworrenes Haar ist mit Asche bedeckt.
Der Scheiterhaufen liegt bereit, das Holz geschichtet, und eine Bahre aus Bambus. Amrita wird draufgelegt. Freunde haben Blumen gebracht: Jasmin und Ringelblumen. Blüten und Flugsandel werden verstreut und mit Gheebutter benetzt. Ihr Vater macht den Ritus. Der alte Löwe, weißer Mähnenbart, still wie der Fluss, sein schwarzer Blick getrübt, entzündet den Scheiterhaufen und singt den Kirtan Soliha: Räucherwerk ist der Wind, der mit kühlem Duft von Süden weht …

Bald züngelt Rauch, das Feuer lodert, die Flammen brennen lichterloh. Karminrot, Krapprot, Indienrot. Nun ist Schweigen. Nur noch das Knistern des Feuers und das Schluchzen der Mutter. Ihr schwarzes Kleid weht in der leichten Brise. Sprühende Funken steigen in den Himmel, die Blumenblüten flattern auf, farbenprächtig. Und in der Stille der Glut vernehmen wir das Knacken des berstenden Schädels.
Ein paar Tage später wurde ihre Asche eingesammelt und im kühlen Silberschein des Mondes in den Fluss gestreut.
Schöne Tage,
nicht weinen, wenn sie vergangen,
sondern lachen, dass sie gewesen.
Seit dem 5. Dezember 1941 warten vier schwarze Büffel auf ihren letzten Pinselstrich.
Last painting.

Défense d’afficher / Plakatieren verboten

Maroc : Casablanca, Essaouira, Marrakech
   

Belfort

Adele Kurzweil
 

 

Moissac, Frankreich

Auvillar, Frankreich
 

Saint-Sauveur en Puisaye, Frankreich
 

 

Vietnam, Saïgon (Hô-Chi-Minh-Ville)

Paris, Rue Ronsard

Vienne/Wien
 

Lisbonne
      

Marrakesch

Prague / Prag

Montauban
 

 

 

Vienne / Wien
Sandwirtgasse mai 2017 Donaukanal Nussdorf 5  Donaukanal Nussdorf 2   Donaukanal Nussdorf 1

Madrid
Sevilla I Madrid 25 avril 2017

Séville / Sevilla
Sevilla II Argote de Molina

Vienne / Wien
  Gymnasiumstraße 1  Gymnasiumstraße 2   Gymnasiumstraße 4
  Stollgasse 1  Sandwirtgasse mars 1  Sandwirtgasse février 2017

Montauban
Montauban   Montauban

Nice /Nizza
Cours Saleya 4

Klosterneuburg

Vienne / Wien
   Schäffergasse Sandwirtgasse 14  
Zieglergasse 

Cimetière marin

C’est un soir de septembre sur une plage de la presqu’île de Gelibolu, entre Égée et mer de Marmara. J’ai ramassé quelques trésors, des bois flottés, des éclats de marbre vert, rose, blanc et rouge. La chaleur blessante du soleil a laissé place à la caresse du vent. La mer changée, tout à l’heure bleue et vert d’émeraude, est devenue dorée, là où les bancs de sable affleurent la surface. Beauté inégalable de la nature : en lisière des bosquets, la côte creusée à blanc, racines nues des pins maritimes, plantes des dunes ployant au vent, plaques de schiste où de petits bassins retiennent des croûtes de sel, velours du sable, et, livrés au ressac, des blocs énormes de rochers lustrés par la mer. On croirait des animaux marins échoués, des corps de femmes endormies, rondeurs polies par les vagues, brunies, roussies, alanguies, la tête posée sur un bras recourbé, les vagues caressantes dans le creux de l’épaule.
Pas un bateau, pas un cargo. Ici, pas de moteur ni de bruit de la ville. Pas même un chant de muezzin. Un drapeau blanc claque dans le vent.
Dans l’écume frisée marche un vieux couple sur un banc de sable. Encore vêtus de leur lin blanc. Je les ai vus tout à l’heure marcher le long de la plage. Troublante image que ces corps usés, cassés, aux gestes lents, qui semblent s’éloigner déjà vers un ailleurs amer et sombre, m’abandonnant à la vie.

C’était une nuit du mois d’août sur cette plage de la presqu’île de Gallipoli. Ils venaient d’Australie, de France et d’Angleterre. Ils s’appelaient Alec, Timothy ou William. Certains avaient tout juste seize ans et n’avaient jamais voyagé.
À peine jaillis des vagues, ils sont tombés sous la mitraille. Et au matin, la dune dévastée, les arbres calcinés, la mer teintée de sang, des crânes éclatés dans les cratères des bombes, des corps morts rejetés dans les trous des tranchées, le sable dans les plaies, ou livrés au ressac, les vagues caressantes dans le creux de l’épaule.
Tant de morts, sur cette même plage.
Ils s’appelaient Adil, Mustapha ou Sahin.
On dit qu’ils reposent en paix en terre ottomane, loin des cloches d’église et du chant de muezzin.
Ces héros oubliés d’une guerre oubliée, dit la chanson.
Entre les pins, entre les tombes, dit le poème.

[La bataille de Gallipoli, aussi appelée bataille des Dardanelles, a duré du mois d’avril 1915 à janvier 1916 et a coûté la vie à près de 90 000 soldats turcs et à 50 000 chez les Alliés]

 

 

Wenn ich an Istanbul denke

[anlässlich des 1. Irene Harand Literaturpreises, 2. Platz, 2019]

Istanbulu dinliyorum,
gözlerim kapalı…  [Orhan Veli]

Wenn ich an Istanbul denke,
denke ich an meine Schifffahrten mit dem vapur zum Fischmarkt Üsküdars,
ich spüre den Sommerwind, der wie eine Berührung
durch meine Finger weht
und sehe über dem Bosporus
die mattgewordene Sonne, die den Himmel golden färbt.

Wenn ich an Istanbul denke,
und meine Augenlider senke,
wie im Gedicht von Orhan Veli,
höre ich das Klatschen der Wellen,
die Stimmen der Stadt, ja, ich höre
das Hupen der Autos und das Lachen der Möwen,
das Klirren der Teegläser,
und weit, weit weg,
von den Hügeln Asiens anschwellend,
den ersten Ruf zum Zuhrgebet.

Oder ich höre « Action ! »,
Dreharbeiten bei der Camondotreppe, Aussen, Tag,
und die lachenden Schüler des Sankt-Georg Kollegs in ihren Uniformen, die vom dritten Stockwerk zum Filmteam runter winken.

Ich erinnere mich auch an diese frechen Bengeln mit sonngebräunter Haut und strahlendem Lächeln,
die neben den Fischern das Brückengeländer erklimmen,
um in die Wirbelströmung des Goldenen Horns zu springen.
Ich rieche das Treiböl und den heißen Asphalt.

Wenn ich an Istanbul denke,
sehe ich die Bosporusbrücke, erleuchtet nachts
wie ein Casino von Las Vegas,
das die Farben ständig wechselt,
mal rot, mal blau, mal violett.
Und wenn später der Mond sich im Meer silbern spiegelt,
weiß ich den Namen noch des Wassers wie versiegelt:
Yakamoz heißt das Wort für das Phosphoreszieren.

Wenn ich an Istanbul denke,
schmecke ich auch die Weinblätter und das Tahinıbrot,
die uns in Kuzguncuk am asiatischen Ufer
drei Schwestern geschenkt hatten,
nachdem der Muezzin vier Mal gerufen hatte,
und ich rieche den Kimyon, den Zimt, den Kardamom.

Wenn ich an Istanbul denke,
höre ich noch durch mein Fenster am Ende der Sackgasse
das Echo fröhlicher Kinderspiele,
Wurfkreisel, Ball im Käfig, Kantenspringen oder Gänsedieb.
Ich rieche den Feigenbaum und den Duft nach Jasmin,
Rose und Rosmarin.
Und ich erinnere mich an diese Silbertaube,
die mich manchmal besuchte,
das Rascheln ihrer Flügel und ihr vertrautes Gurren,
da, auf dem Fenstersims, fast wie ein Katzenschnurren.

Wenn ich an Istanbul denke,
denke ich an Gezi Park
und höre die ersten Takte des İstiklâl Marşı,
ich sehe die Graffitis çapulcu, Erdo-gone!
Keine Sorge, Mama, ich bin nur im Schlepptau.
Ich sehe duran adam, passiver Widerstand,
und eine Frau in Rot, Sommerkleid und Tote Bag,
Symbol für diesen Kampf, ihr Name ist Ceyda.

Wir tragen Taucherbrillen, manche eine Guy-Fawkes-Maske,
wir skandieren direm, Widerstand, résistance
und klopfen auf Kochtöpfe mit kaputten Holzlöffeln.

Wenn ich an Istanbul denke,
höre ich die Hubschrauber über dem Taksim Platz
und rieche das Tränengas.
Ich sehe die Gesichter mit den verätzten Augen,
die Gasgranatenschwaden über den Barrikaden,
und ein Panzerfahrzeug, das seine Gasgranate
schießt
bis in den Innenhof des deutschen Krankenhauses.
Ich weiß noch die Kopfschüsse,
Platzwunden,
Schädeltrauma,
und die verbrannten Hände durch Tränengaspatronen,
ich höre noch die Schreie,
ich spüre noch die Angst,
ich schmecke noch in der Kehle das Brennen des Biber Gazı.

Wenn ich an Istanbul denke,
sehne ich mich nach dem Wind,
der wie eine Berührung durch meine Finger weht.

Die Tränen ihrer Wangen

Großaufnahme auf einen gusseisernen Kochtopf auf offener Flamme, in dem ghee langsam schmilzt und durchsichtig wird. Eine Frauenhand streut Gewürze in die goldgelbe Flüssigkeit. Wir erkennen Nelken, Zimtstangen und Anissterne. Es fängt an zu brutzeln, zu zischen und zu knistern. Die rechte Hand rührt um, während die linke weiter Gewürze einstreut. Wir sehen mit der Köchin, wie die grünen Kardamomkapseln explodieren, die kugelrunden schwarzen Senfsamen springen, die kleingehackten Ingwerstücke sich verfärben und die roten Chilischoten sich langsam aufblähen. Wir riechen fast den Duft der Mischung. Scharf und süßlich zugleich. Schließlich färbt das Kurkumapulver die ganze Mischung gelb.
In der Ferne vernehmen wir Musik, seltsame Klänge, langsam aufsteigende Töne einer Oboe, die sich bald mit dem Zischen in der Pfanne vermischen. Nun werden die Gewürze mit Bouillon übergossen, weißer Dampf steigt hoch, wird undurchdringlich, das Bild wird langsam unscharf und verwandelt sich in eine blassere Weihrauchwolke. Während dieser Bildfolge ist die Melodie zu einer schrillen lang anhaltenden Klage geworden. Ein tieferes Blasinstrument kommt dazu, beginnt um einen Ton zu kreisen, hält ihn fieberhaft und lässt diese klägliche Note wieder und wieder erklingen. Die Weihrauchwolke verflüchtigt sich nach und nach. Nun greifen tablas den Rhythmus auf, wirbeln und pochen wie ein Herzschlag. Die Musik wird immer lauter, das Tempo immer schneller, als ob sich die Instrumente einen Wettkampf liefern würden, und durch den sich auflösenden Rauch geht das unscharfe Bild des Kochtopfes weich in ein anderes über.
Ein kleines Mädchen sitzt mit übergeschlagenen Beinen auf einem Diwan, perlweiße Seide auf dem Kopf drapiert. Rundherum sind indische Frauen in farbenprächtigen Kleidern, Gold und Silber, Rubine und Diamanten, Smaragde und Perlen. Die Steine werfen Funken im Raum, und das Babel ihrer Stimmen übertönt beinahe die Musik. Nur eine sitzt einsam und schweigend. Angst und Müdigkeit in ihren feuchten Augen. So schwarz die Augen, so schwarz die Haare. Ihre Lippen zwei Rosenblättern gleich. Ein goldener Ring ziert ihre kleine Nase und eine rote tika ihre Stirn. Ihre Hände und Füße sind mit Henna geschmückt. Das Mädchen ist versprochen. Mit dreizehn Jahren ihre Kindheit zu Ende. Hilfloses Spielzeug in den Händen reicher ranis und rajahs. Vielleicht war die letzte Ernte schlecht, oder der Vater hat keine Söhne bekommen. Eine arrangierte Hochzeit als einzige Überlebenschance. Selbst die Tränen ihrer Wangen werden nichts erlangen. Den Bräutigam hat sie einmal gesehen, als die Ehe besiegelt wurde. Es heißt, er sei erfahren und kräftig. Er ist über fünfzig und hat schon drei Frauen.
Armes, kleines indisches Mädchen, ihrem Schicksal ausgeliefert. Trotz glücksbringendem Goldschmuck, trotz festlichem Hochzeitsessen wird sie vielleicht kaum mehr als ein Jahr leben, die Geburt ihres ersten Kindes nicht überleben, oder an einem Unfall oder Verbrennungen sterben, Racheakt der Schwiegerfamilie. Bloßes Auslöschen der Lampe im Morgenlicht.
Und während das Brautpaar das heilige Feuer siebenmal umkreist, wird über der Szene die laute Ragamusik weiterspielen, aufdringlich, betäubend und schmerzend.

Aufschrift « BOMBAY PORT TRUST ». Tag, Sommer. Der Hafen von Bombay. Es wimmelt von Menschen, vor allem Inder mit bunten Turbanen, Kofferträger, Eselskarren, ein scheinbar ungeordnetes Treiben. Diese zeitlose Szene kann durch die Anwesenheit einiger Automobile in die zwanziger Jahre datiert werden. Ein großer Ozeandampfer legt an. Die Gangway wird heruntergelassen und von Schauermännern mit Tauen am Kai befestigt. Eine Fanfare spielt einen englischen Walzer. Die Passagiere warten ungeduldig und strahlend an der Reling, bis sie ans Land können. Die Meeresluft weht durch die Kinderhaare und die hellen Frauenkleider.
Ein schwarzer Ford, Modell T, wartet auf die Familie. Den Mädchen werden safranfarbene Blumenkränze um den Hals gehängt. « Welcome to India! » Amrita lacht. Auf der schleppenden Fahrt durch die Stadt muss die kleine Indira die Augen zu machen, sie fürchtet sich: der Lärm, die hageren sonnengebrannten Rikschamänner, die bloß in ein weißes Leintuch gekleidet sind, ein Affe auf dem Autodach, der seine Zähne zeigt, die Kobras, die sich nach der Musik der Flöte bewegen, der Gestank nach Fisch und nach Kloake. Amrita lacht. Sie sieht die dunklen Gesichter der Kinder, die bunten Farben der Saris und erkennt das Indien ihres Vaters, das Indien der Gedichte und der Miniaturen, alles ist da: die Männer, ihre Hüften unvorstellbar schmal, ihre Hautfarbe silbern, ihre Brauen geschwungen wie ein Bogen, die Frauen schön auch ohne Schuhe, ohne Schminke, ohne Schmuck. Sie will alles einfangen, alles zeichnen, mit den neuen Farben, die sie auf dem Schiff zum Geburtstag bekommen hat, die Wasserverkäufer, die Kokosnusshändler, hier diesen hockenden Mann, der sich beim Brunnen wäscht, da diese zwei Bettelmönche mit den rollenden Augen, die Stirn mit oranger Farbe geschminkt, der Körper mit Asche bedeckt. Ein Elefant mitten auf der Straße bremst den ganzen Verkehr. Der Ford fährt langsam an einem Markt vorbei. Eine alte Frau sitzt auf dem Boden mit ein paar Kräutersträußen zum Verkauf, ihre Handflächen sind rot gefärbt, daneben ein Kind mit einer Handvoll Mandeln in einem Korb, eine magere Kuh stiehlt einen Bund Petersilie, Amrita hält alles fest; buntes Gemüse, Früchte und Knollen, wie sie sie noch nie gesehen hat, farbprächtige Gewürzpulver, die zu kunstvollen Pyramiden aufgetürmt sind. So viele Rottöne kann sie nicht einmal benennen! Sie kennt Blutrot, Kirsche, Ziegelrot, Mohnfarbe, Feuerrot, Paprika, ach ja, Purpur, Rubin, und in ihrer Farbpalette gibt es noch Krapprot, Zinnober und Amarant … und diese Blumen da, so seltsam … ihr Vater hat von einer Blume erzählt, deren Duft so stark ist, dass man ohnmächtig wird.
Bildschnitt.
Neue Aufschrift GREAT TRANS INDIA RAILWAY. Der Zug verlässt die Victoria Station. Wie bei der Autofahrt, kein Blick ins Innere des Wagens. Die Landschaft rollt am linken Fenster vorbei. Der Zug fährt lange am Meer entlang, schwarze Felsen, bald untergehende Sonne. Amrita sieht die Schönheit der indischen Frauen, die nackten Kinder, die kleinen Tempel, die Elefantenstatuen. Bald kommen die Felder und die Dörfer. Lehmhäuser, Stampferde. Sie sieht die seit Tausenden von Jahren gleichen Gesten, das Schöpfen des Wassers aus einem Brunnen, das Formen der Kuhfladen und Klatschen zum Trocknen an die Hüttenwand. In den Bahnhöfen, wo sie Halt machen, laufen Kinder in Schuluniformen am Bahnsteig und schreien den Passagieren « Namasté! » zu. Ein breiter Fluss wird überquert: Große, weiße Tücher trocknen in der Abendsonne, an den Ghâts stehen Menschen bis zur Taille im Wasser und vollziehen ihre Rituale, weiter weg baden Elefanten. Hier und da bilden am Straßenrand ein paar Steine einen Altar, Räucherstäbchen und Kerzen, Blumenblätter und Früchtegaben. In der Ferne sind die schlanken Minarette einer Moschee zu sehen, und in den Feldern die bunten Farbflecken der Saris. Hier tragen die Frauen große Ohrringe und einen Schmuck im linken Nasenflügel.
Die Erde wird ockergelb und dürr. Die Bäche ausgetrocknet. Die weite Fläche der Felder verwandelt sich langsam in eine Gebirgslandschaft. In der Ferne die verschneiten Gipfel des Himalaja. Eine weiße Stadt hängt wie ein Bienenschwarm am Bergrücken.
Shimla, Queen of Hills.
 

 

 

Freisprechanlage / mode mains libres

Sechs Gedichte von Fabjan Hafner ins Französische übersetzt
aus Freisprechanlage (…), Drava, Klagenfurt/Celovec, 2001.

SPLEEN DE MINUIT

Le visage voilé
d’un tissu
de neige vierge.

L’âme cachée
au tréfonds de
la tête.

Calme,
trop calme,
je ferme
mes yeux exténués.

JE SUIS PLUS POÉSIE QUE
LA SOMME DE MES POÈMES

Un visage
dans la main,
moi,
engourdi par la faim,
transi de solitude,
moi,
plus qu’un soupçon,
une preuve.

Moi,
pas vous.
Moi,
soc et roc,
heur et leurre,
rire et air.
Mon salut,
moi.

Moi, l’idée :
« Moi, le sens ! »
Pas le sens. Non-
sens, ce sens, pas
le contraire. Je suis
les deux, toi et moi,
plus qu’un simple
Nous.

ARRÊTER

Non de non,
à aucun prix,
ni pour le pire,
ni le meilleur,
tôt ou tard,
il te faudra,
sans propre volonté,
que tu le veuilles ou non,
à ton corps défendant,
forcément
arrêter.

TU CESSES,
dans ce café désert,
de respirer
les nuages de fumée
confinés,
tu ne finis pas
ton café refroidi,
la dernière,
si amère
gorgée,
tu cesses
de rêver
de ciel bleu,
d’îles blanches
au milieu des montagnes,
tu cesses
d’en finir.

SI L’ON POUVAIT RETENIR LES CARESSES
hors de notre mémoire
ou de leur souvenir,

se les approprier,
comme si notre corps les avait
absorbées,

et s’il était possible, une fois imprégné,
d’être à jamais
en état de caresses,

ce reste insaisissable qui frétille
sans relâche comme un appât
s’évanouirait-il ?

COMME C’ÉTAIT ET SERA ET N’EST PAS

I
Avec la neige
je suis tombé.
Avec elle
je fonds.

J’ai consigné
ce qui n’a pas eu lieu.

II
Dans une poignée
de nuit chaude
je ne décortique
rien.

Dans le silence
je me tais.

III
Le ruban entre deux jours
est un fil, plus fin
qu’un boyau de porc,
la grande corde.

C’est elle que je caresse,
sans le savoir.

IV
Dans l’obscur luisent
des yeux noirs.

Sur tes paupières
je cueille un film,
la crème du
lait coagulé.

V
Pour l’heure je ne fais que
te regarder.

Mais je vais te
recouvrir de feuilles,
à t’en couper
le souffle.

VI
Cesse de t’ébahir
ou tu finiras ahuri.

Tu as trop longtemps
attendu le printemps.
C’est pour ça qu’à présent
il neige au mois de mai.

VII
Je me décompose en phrases simples,
propositions indépendantes.

Ce que l’on peut y
lire (et plus encore),

on peut le lire (et mieux encore)
dans ma main.